Très bon
2 janvier 2026
Guillermo passe le cap de ses 40 ans alors qu’il participe à l’enterrement de vie de garçon d’un de ses meilleurs amis. Mais notre quadra n’est pourtant pas tellement à la fête : il vient d’apprendre qu’il va devenir papa très prochainement et il se pose des questions sur son parcours de vie. Est-il avec le véritable amour de sa vie ? Quel aurait été son parcours s’il avait succombé à quelques femmes qui lui avaient fait du gringue par le passé ? Ou s’il avait eu les couilles de dire à d’autres femmes qu’il craquait complètement pour elles, au lieu d’être le timide qui n’ose se déclarer ? Bref, des questions qu’on s’est toutes et tous posées un jour ou l’autre...
Sauf que Guillermo a le pouvoir de conjuguer ses actes manqués. Par hasard (ou pas ?), il fait la rencontre d’une étrange femme : mi-sorcière, mi-oracle, elle peut renvoyer ses clients dans le passé lorsqu’elle jouit, voilà qui n’est pas banal ! Afin d’exorciser ses démons du présent, Guillermo repart dans le passé pour assumer ses fantasmes : conclure avec des amies entretemps devenues les femmes de ses amis... ou les mères de ces derniers ! Lui qui ne veut pas tromper son épouse, se retrouve à cumuler les aventures sexuelles dans son imagination. Mais est-ce bien uniquement virtuel ?...
Ikna n’est pas un inconnu pour nos lecteurs, on lui doit entre autres Chaleurs estivales et Parfums de printemps parus il y a une dizaine d’années, deux albums rassemblés dans une intégrale dont nous parlerons dans quelques jours. Pourquoi cette pause ? Sans doute car l’auteur s’est consacré à d’autres projets, non érotiques. Mais il a cette fois volontairement travaillé cette histoire pour Dynamite, profitant ainsi du suivi éditorial de son éditeur Nicolas Cartelet. Et le résultat est clairement à la hauteur de nos attentes.
Tout d’abord dans la forme, car ce format oblong (à l’italienne) pour une centaine de pages étonne et détonne. En commençant l’album, on plonge littéralement dans l’énergie du récit, par le dessin bien entendu, mais aussi par les soixante centimètres de cinémascope qui s’offrent à nous. Ikna est parfaitement parvenu à profiter de ce format peu courant. De très nombreuses cases de près de 30 cm de large donnent une incroyable dynamique au récit, sans oublier des gaufriers très complets ou des pleine-pages, toujours dans ce format horizontal qui bouscule les traditions tout en permettant de doter les pages d’une foule incroyable de détails à l’arrière-plan.
Le deuxième point déterminant est bien entendu le dessin moderne et hyper travaillé de l’auteur espagnol. Profitant de véritables trognes pour les personnages, on dispose d’un style semi-réaliste qui mêle autant humour qu’action, sans oublier un véritable travail sur les couleurs qui participe pleinement aux atmosphères du récit. Les effets de style sont également bien présents : accélération, flou, lumières en flash, etc. Bref, aucune lassitude, tant chaque page ne ressemble à aucune autre.
De plus, et comme nous vous en parlions dans un autre article, nous apprécions ces ouvrages qui sortent la bande dessinée érotique de l’image hard imposée par l’accumulation des scènes torrides dans les magazines et les publications de la fin du siècle dernier. Oui, le récit de La Liste traite de sexe : l’oracle qui fonctionne uniquement quand elle jouit, Guillermo qui repart dans le passé pour se "taper" (il n’y a pas d’autres termes à utiliser) ses occasions manquées, sans oublier les gigantesques scènes d’orgie. Mais à côté de cela, ce sont les réflexions du héros Guillermo, ses prises de conscience et ses prises de bec avec ses proches qui occupent la majorité du récit. De quoi profiter d’un véritable récit que l’on lira des deux mains.
Enfin, il reste la question de l’histoire elle-même, dont le pitch du quadra taraudé par des remords de sa vie n’est pas sans rappeler Une Nuit à Rome de Jim. Autant on a complètement accroché à la première partie, avec les questionnements de Guillermo, ses doutes qui peuvent tous nous traverser à un moment ou l’autre, et le sentiment d’être parfois décalé alors que nos proches s’amusent autour de nous. Autant la deuxième partie nous a vraiment donné l’impression du fameux ventre mou... Enfin, pas trop mou pour Guillermo, qui fait des allers-retours pour faire jouir son oracle et tremper son biscuit dans ses remords du passé.
Heureusement, la troisième partie contrebalance complètement tout le récit, donnant tout son sens à la partie médiane, ainsi qu’à la première ! Bon, ce n’est pas l’explication la plus limpide de la semaine, mais on ne voudrait pas en dire trop, pour ne pas trop spoiler le récit. Certes, ce retournement a eu des précédents en BD, au cinéma ou dans la littérature, mais cela nous a vraiment beaucoup plu, suffisamment vous en conseillez ardemment la lecture !
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Bande dessinée érotique (mais pas que) réservée à un public adulte et averti.