Excellent
2 janvier 2026
Si vous êtes un lecteur assidu de la page adulte d’ActuaBD, nous ne vous ferons pas l’injure de vous détailler qui sont Trif et Celestini, un tandem d’auteurs italiens qui ont revisité les contes classiques (Blanche-neige, Cendrillon ainsi que La Belle et la bête) et Orientaux avec de se lancer dans l’historique avec la trilogie Thrace. Les voici de nouveau au faîte de l’actualité avec leur nouvelle saga qui démarre tambour battant : La Duelliste.
Sans "pomper" sur La Rose de Versailles, le best-seller de Riyoko Ikeda adapté en animé sous le nom de Lady Oscar, cette série annoncée comme une trilogie met en scène une jeune femme prénommée Françoise, qui désire prendre des cours d’escrime avant de venger son père décédé lors d’un duel contre la plus fine lame du Louis XV, à savoir le Baron de Valmy. Mais comme les filles ne portent pas d’épée (c’est bien connu), la donzelle doit se déguiser en homme afin de tenter de persuader l’ancien maître d’armes de feu son père, de lui enseigner les plus redoutables bottes.
Françoise n’est pas la seule à être venue se réfugier à Paris, sa sœur Louise a également rejoint la capitale après le décès de leur père. Sauf qu’elle a décidé de jouer les servantes, acceptant la proposition des amis du fameux Baron de Valmy qui s’étaient offusqués de les savoir ainsi orphelines. Si le maître de Louise lui enseigne les sciences et la philosophie, sa maîtresse accro à l’adrénaline se complaint dans d’autres arts, trompant éhontément son mari avec le fameux Baron de Valmy. Tous ces secrets ne peuvent rester longtemps cachés et comment réagira donc l’infâme baron lorsqu’il découvrira que Françoise fait tout pour le tuer ? Et quelle sera la place de Louise dans toutes ces manigances ?
Point de détour : on a adoré cette nouvelle série de Trif & Celestini ! Pourquoi ? Parce que le genre érotique ne doit pas se limiter à une sarabande de corps qui s’enfilent à qui mieux mieux ; il est tout à fait possible (et louable) de réaliser une bonne histoire mêlée à de l’érotisme sans que le stupre agresse le lecteur à chaque page. Bien entendu, l’idée de réaliser des albums distincts dans Tabou et Graph Zeppelin (nous y reviendrons dans un prochain article), permet également de sortir de cette ornière, mais lorsque c’est fait avec grâce et élégance, il est nécessaire de l’épingler.
Une fois passée cette couverture assez étrange, surtout dans le port de tête de l’héroïne (on lui préfère nettement le 4e de couverture, même s’il est plus "sage"), on entre de plain pied dans le récit, tout d’abord avec de très belles pages de garde qui démontrent que le talent des auteurs passe haut la main le test des agrandissements, puis avec une séquence d’introduction qui place les personnages principaux et se termine sur la mort du père, le pivot qui permet de basculer vers le récit principal.
Si on met de côté une petite erreur chronologique de distraction, ce sont les personnages qui nous ont terriblement plu dans ce récit : la jeune Françoise au caractère impétueux, le vieux maître d’armes qui s’est recyclé dans la peinture de putains de bas étage, le méchant Baron de Valmy qu’on va adorer détester, et surtout l’une des plus fieffées salopes que l’on ait vues, salope dans tous les sens du terme. Et tous ces personnages se croisent avec des surprises dans chaque séquence, quel plaisir !
Le fond historique de 1754, les personnages et les rebondissements sont magnifiquement mis en avant par le graphisme de Trif et les couleurs de Celestini. Le dessinateur étant également son propre scénariste, il sait jouer des dialogues lorsque c’est nécessaire (tout en ajoutant quelques termes de vieux français, sans doute glissés par Master Tabou), tout en jouant des silences également.
Si ce premier tome n’est pas sans défaut (un personnage aurait par exemple dû être mieux introduit, et pas de mauvais esprit s’il vous plaît !), il remplit toutes ses promesses. Les amateurs de sexe hard passeront leur chemin et préféreront trouver d’autres récits dans le vaste catalogue de l’éditeur, mais ceux qui ont apprécié l’érotisme soft du tandem au sein de leur dizaine de précédents albums, ne devront surtout pas hésiter à passer le cap... et l’épée !
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