Certes, ce festival en plein air est d’abord celui de la fantasy (et de la romantasy désormais), ainsi que de la SF. Il s’y bousculent les auteurs et autrices du texte et de l’image, issus de plusieurs pays, USA compris. Les fans y sont souvent très jeunes, leurs idoles sont pour la plupart inconnues des plus chevronnés. Sans compter ceux qui, comme Corbeyran, sont à cheval sur la BD (il a écrit 450 scénarios !) et le roman (il signait son second titre tout neuf).
Le cosplay règne en maître, la ville entière, désormais blasée, voit défiler des elfes, des Darth Vador, des super-héros, des princesses, des robots et des monstres aussi familiers au passant que des livreurs de pizzas. Cela donne des rencontres hallucinantes entre héros et héroïnes de séries qui, dans la littérature, le cinéma ou la BD, n’ont rien à voir : tant pis pour la logique, il faut bien s’amuser. En ce domaine, les générations se croisent, et c’est encore plus inimaginable ailleurs. En effet, le dynamique maire de la municipalité a voulu, étant donné l’immensité du parc où l’essentiel se déroule, y inviter toutes les associations de la ville. Celles-ci jouent le cosplay également, surtout les militaria : nostalgiques des guerres mondiales (14-18 en tête) ou impériales, se baladent costumés en trouffions ou maréchaux d’empire, armes en poigne – augmentant le mélange des genres au-delà du raisonnable. Tardi, absent, aurait été ravi d’y voir des poilus authentiques à proximité de l’éditeur de son Trou d’obus.
Attraction très suivie : la séance de body painting (la plus grande de France), que nous avions chroniquée ici l’an dernier. Mais une innovation importante cette année : les filles plantureuses au corps peint en personnages reconnaissables (ah, Avatar, quelle source d’inspiration !), des pieds à la tête, par des artistes douées (surtout des femmes), portent sous le bassin, devant et derrière les parties autrefois dénoncées comme « honteuses », un pagne cache-sexe. On peut penser que cette innovation rétrograde vise sans doute à permettre aux familles entières de visiter l’« exposition », mouflets inclus. Selon moi, il y a une explication plus solide : à force d’inviter des auteurs et autrices US, l’un ou l’une a dû sans le vouloir ramener dans sa valise une bactérie ou un virus du puritanisme qui a contaminé le festival ! Trump nous envahit !
Peu après, la nuée de photographes amateurs se battait pour entraîner les filles peintes dans le parc pour les faire poser dans des attitudes ludiques, parfois osées, occasion unique pour ces fans un peu obsédés de shooter leur héroïne de BD ou de ciné vivante en pleine action.
Le directeur artistique, l’illustrateur et bédéaste Gilles Francescano, avait axé le thème autour du handicap et des discriminations. Malgré un terrain souvent boueux ou caillouteux, le parc était envahi de fauteuils roulants dont les occupants ne reculaient pas devant le cosplay, y compris de super-héros.
Beaucoup de débats (et de livres lauréats des prix) évoquaient les problèmes liés au genre, ce qui ne surprenait pas ceux qui se souvenaient qu’avant Francescano, la direction artistique avait été assumée par une critique de SF transgenre.
Car la reconquista culturelle en cours dans la ville vosgienne sait que celle-ci est impossible sans un esprit d’ouverture exemplaire. C’est aussi la réussite de ce festival où régnait en permanence une ambiance bon enfant, sans conflit ni drame, dans une mixité sexuelle, générationnelle, culturelle, internationale et parfois politique comme on aimerait en voir partout.
Par Yves FREMION
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Photos : Yves Frémion