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Très bon
10 mai 2026
Les lectrices et les lecteurs intéressés par les mangas érotiques le savent bien : sur le marché français, les albums consacrés aux romances entre femmes sont très, très rares. Il y a quelques années, l’éditeur NihoNiba avait tenté l’aventure avec de bons albums comme Le Miel des jeunes filles en fleurs ou Is my hobby weird ? ; mais l’entreprise ne s’est pas inscrite sur la durée.
L’éditeur Hot Manga tente sa chance en publiant un album paru originellement en 2025 dans le catalogue de l’éditeur japonais Kill Time Communication. Après Sexuality Studies de Doumou, publié plus tôt cette année chez Seikô/Dynamite, nous tenons là le second album de l’année qui propose une traduction d’un album paru seulement l’année précédente au Japon. Les éditeurs français du marché du Hentai sont clairement de plus en plus réactifs sur les nouveautés japonaises, comme c’est le cas pour les autres segments du manga.
Avec Dis-le-moi avec ton corps, nous tenons un recueil d’histoires : sont présentes deux histoires principales racontées sur plusieurs chapitres, plus une histoire courte indépendante.
La première histoire s’intitule Jeux intimes entre amies et elle est racontée le long de quatre chapitres. On y suit les déboires sentimentaux d’Eri (à droite sur la couverture) et de Madoka (à gauche), deux amies d’enfance. Le récit commence fort et demandera une importante suspension d’incrédulité de la part des lecteurs : dès les premières pages, Madoka demande tout de go à son amie de lui apprendre à se masturber.
Le récit expliquera plus tard cette situation improbable, mais les faits sont là : si Madoka a l’impression d’avoir appris à se masturber, Eri a l’impression qu’elle vient en vérité de partager un moment intime avec celle qu’elle aime… Un sentiment d’autant plus doux-amer qu’elle sait que son amie est amoureuse d’une autre.
Nous avons apprécié dans cette histoire la finesse de l’écriture de l’autrice Rouge Nagashiro décrivant l’évolution du lien qui unit ces amies. Le drame romantique n’est jamais bien loin et pousse inexorablement chacune d’entre elles à réfléchir à ses sentiments : peut-on cacher éternellement à son amie que l’on est amoureuse d’elle ? Peut-on se consoler dans les bras d’une autre en attendant qu’une occasion se crée ailleurs ? Assurément, le propos est accrocheur et maintient l’intérêt des lecteurs jusqu’à sa conclusion.
La seconde histoire s’intitule Un Baiser entre Magica et elle est racontée le long de trois chapitres, plus un bonus. Le récit nous plonge dans un univers proche du nôtre où les Magical Girls existent et protègent la population des monstres nés des sentiments négatifs des gens.
Akari (à gauche sur la quatrième de couverture) et Ève (à droite) forment un binôme efficace et très populaire auprès du public. Lors d’un évènement promotionnel à destination des enfants, ces derniers expliquent qu’ils ont l’impression qu’Akari et Ève semblent très proches, comme amoureuses… Pourquoi ne feraient-elles pas un bisou sur la bouche comme font les grands ?
Ève explique candidement qu’elle aime beaucoup Akari et lui fait un bisou sur la joue. Devant la déception des enfants, Akari décide d’embrasser Ève. Le temps est suspendu avec ce baiser : Ève se demande désormais si ses sentiments ne vont pas au-delà de l’amitié pour Akari… Plus tard en soirée, cette dernière rend visite à Ève dans sa chambre et lui explique que ce baiser signifiait beaucoup pour elle : elle souhaitait savoir si ses sentiments amoureux étaient réciproques ; ce qui semble être le cas… Les Magical Girls comprenant qu’elles sont amoureuses, elles partagent un premier moment intime.
C’était sans compter le règlement de la corporation qui interdit toute intimité entre Magical Girls ! Pourquoi un tel règlement existe ? Akari et Ève auront bien le temps de découvrir le ressort de cette interdiction ! À nouveau, nous avons apprécié la trame d’une romance interdite par la société. Est-ce que l’amour parviendra à dépasser les conventions sociales, voire à les faire évoluer ? La réponse qu’offre ce récit tiendra là aussi les lecteurs en haleine jusqu’à sa conclusion.
La dernière histoire, courte et indépendante, témoigne à nouveau de l’importance de la romance dans cet album. Dans cette ultime histoire, une succube et son amie, humaine, découvrent qu’elles sont réciproquement amoureuses… après que le fétiche de la succube pour les sous-vêtements féminins ait été découvert ! Une histoire légère à l’ambiance fantastique qui s’inscrit bien dans le chemin tracé précédemment par le récit autour des Magical Girls.
Sous le crayon de l’artiste, les pratiques et les positions adoptées par les partenaires semblent plus vraisemblables que ce que l’on a l’habitude de lire. Cette impression est renforcée par les notes de l’autrice, à retrouver sous la couverture souple. Par exemple, il suffit de prêter attention aux positions des mains, et particulièrement des doigts sur les corps, pour être convaincus de ce souci du détail chez l’artiste. On relèvera aussi la mise en valeur évidente dans l’album des préliminaires, notamment lorsqu’un cunnilingus est offert.
Le dessin de Rouge Nagashiro déploie ses qualités avec de très fréquentes illustrations de pleine page, ou des illustrations sur les deux-tiers de la planche mettant en scène les héroïnes dans le feu de l’action avec un cadrage de plain pied. On pourra aussi relever les quelques planches d’action dans le récit centrées sur les Magical Girls qui mettent en valeur les qualités de l’autrice dans le domaine.
Dis-le-moi avec ton corps est une très bonne surprise de ce printemps. Nous sommes désormais très curieux de retrouver la signature de Rouge Nagashiro, dont les récits romantiques et les fantaisies érotiques dégagent des qualités évidentes.
Par NICKYL
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Dis-le-moi avec ton corps. Par Rouge Nagashiro (scénario et dessins). Traduction d’Eric Naud. Hot Manga. Sortie le 24 avril 2026. 210 pages. 11,95 Euros.