Né en 1934 à Tunis, Georges Wolinski aurait eu 90 ans aujourd’hui. Pour cet anniversaire, la famille de l’artiste propose à la vente une sélection de 70 dessins emblématiques de son oeuvre. Cette exposition s’articule autour de ses thèmes de prédilection, expressions d’un esprit enjoué et libre. Du dessin de presse à la bande dessinée, des esquisses préparatoires aux œuvres publiées, en noir et blanc ou couleur, cet accrochage reflète la subtilité, la complexité et la richesse de son travail. Insolence, rires, amour, passion et dérision s’entremêlent pour offrir un regard complet sur un artiste qui a su capturer l’essence de son époque.
Explorer l’univers de Georges Wolinski, c’est accepter de voir bousculées ses certitudes, ses opinions. Son travail, où il se représente souvent lui-même ou à travers deux quidams tenant des propos de bistrots, jusqu’aux fictions qu’il a pu écrire, est empreint de finesse et de probité. Wolinski, homme de plaisirs et d’une douce anarchie, était un fervent défenseur de la liberté d’expression mais aussi des droits civiques les plus élémentaires. Ses dialogues dégagent quelquefois une logique qui confine à la poésie. Sans avoir l’humour "coup de poing" de Reiser, ses charges, certes provocatrices, se distinguaient paradoxalement par une certaine douceur, un sentiment de fragilité, voire une bonhomme poésie.
Un parcours indissociable de l’histoire de la presse
Plonger dans l’œuvre de Wolinski, c’est aussi retracer l’histoire récente de la presse française. Cela débute avec le fanzine "Potache libéré" au lycée, il est ensuite dès les années 1960, le compagnon de route de Bizarre, d’Hara Kiri puis de Charlie Hebdo, mais aussi de Libération, de L’Humanité, du Nouvel Observateur ou de Paris Match.
Cette expo montre comment le jeune Wolinski, influencé au départ par les dessinateurs de "Mad" (Kurtzman...) mais aussi Chaval ou Albert Dubout, a évolué pour devenir plus dépouillé, efficace jusqu’à séduire les annonceurs publicitaires (souvenons des campagnes pour les barres chocolatées Mars...)
On se souvient aussi de son passage en tant que rédacteur en chef pour Charlie Mensuel, révélant José Munoz, Buzelli, les Frères Varenne... et où il oeuvre comme scénariste aux côtés de Georges Pichard (1920-2003) avec la saga Paulette.
Sur la mezzanine de l’exposition qui lui est consacrée, la Galerie Huberty & Breyne a réuni des œuvres originales de grand artistes qui étaient ses contemporains et avec lesquels il était lié : Reiser, Georges Pichard, Dino Buzzelli, Fred, Siné, Tignous, Loup, Joann Sfar, Wiaz, Max Cabanes, Arnold R oth ou encore Jean-Pierre Autheman dispendant chacun au grand artiste leurs témoignages d’amitié.
Cette rétrospective met en lumière non seulement l’artiste mais aussi l’homme, avec toute sa dimension tragique, dont l’humour nous fait encore sourire, depuis sa disparition voici bientôt dix ans.
Par Jessy LEMESLE
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Entrée libre. Galerie Huberthy & Breyne - 36, avenue Matignon (Paris, 75008) !
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