Sugarpop - par Damjan Stanich & Gea Ferraris - Dynamite (La Musardine)

Par Charles-Louis DETOURNAY Très bon 1er janvier 2026 
Quelle est la vie de ces camgirls, ces femmes qui dévoilent tous les détails de leurs intimités afin de constituer la plus grande communauté de fans possible ? Font-elles encore la distinction entre vie privé et vie publique ? Voici les questions posées par ce troublant one-shot de la collection Canicule.

Kate est une jeune camgirl passionnée : au sein de la communauté qui s’est instaurée rapidement autour d’elle, elle connaît les envies et les passions secrètes de ses abonnés les plus fidèles, de quoi lui donner perpétuellement de nouvelles idées pour des shows encore plus chauds, qu’elle n’hésite pas un instant à diffuser sur sa chaîne bien entendu.

Cette vie publique (par le biais de la caméra) et surtout débridée, la façon qu’a Kate de se livrer en pâture aux fantasmes de milliers d’hommes qui se masturbent derrière leur écran, tout cela révulse Mike, son petit ami. Une partie de lui apprécie l’excitation de cette relation, le fait d’être avec l’une des camgirls les plus en vue, mais de l’autre côté, il a de plus en plus de mal avec ses choix "artistiques", comme le fait de filmer leurs ébats à son insu pour ensuite les diffuser à sa communauté sans son autorisation. Régulièrement, il claque la porte, mais il ne peut s’empêcher de revenir car il aime profondément Kate et son caractère investi.

Il faut dire que la camgirl sait ce qu’elle veut : réussir à tout prix, en mêlant l’art au porno. Mais comment une jeune femme aussi intelligente est tombé dans ce choix de vie ? Et jusqu’où est-elle prête à aller pour assouvir son insatiable envie d’être adulée ?...

Vous l’aurez compris, Sugarpop explore le monde des camgirls sans vraiment tenter de les glorifier, ni de les conspuer. Au scénario et au dessin de cette histoire, le Croate Damjan Stanich met en scène une jeune femme qui se croit assez forte pour triompher de toutes les épreuves afin de satisfaire son besoin de reconnaissance. L’intérêt de ce one-shot est de tenter de comprendre le parcours et les motivations de ces femmes qui s’exhibent quotidiennement. Qu’est-ce qui les a poussées à faire ce choix de vie ? (On ne se réveille pas un matin en se disant qu’on va se déguiser en bimbo surlookée et se filmer en direct pendant qu’on s’envoie une tripotée de sextoys aux couleurs psychédéliques !) Ont-elles encore une vie privée et comment réagit leur entourage ? Et surtout, quelles images ont-elles d’elles-mêmes et qu’est-ce qui les pousse à mettre la barre toujours plus haut ?

Si Sugarpop reste bien entendu une oeuvre de fiction, l’immersion dans cet univers et les réponses proposées par l’auteur sont vraiment intéressantes. Elles renvoient bien entendu à la lubricité masculine et aux travers que bien des hommes ont du mal à contrôler. Mais Sugarpop ne victimise pas non plus les camgirls, en mettant un scène un réel choix de vie. Avec des hauts et des bas, Stanich compose un tableau passionnant de cette vie via et derrière les écrans.

Son dessin réaliste sert le propos : il ne tente pas d’adoucir ou d’aseptiser cet univers de fantasmes et parfois d’abus, au contraire il montre les doutes, les larmes et les émotions de ces femmes (et hommes) confrontés à ces radicaux choix de vie. La mise en scène de certaines pages est également très inspirée, comme cette multiplication de cases éclatées pour rendre compte de la réalité qui se fissure dans la tête des mateurs, mais aussi l’insertion d’écrans de chat donnant une vision réelle (mais pas toujours reluisante) de ce choix de vie.

Avec ce dessin très réaliste et ces ambiances souvent sombres, on pouvait craindre que le rendu général allié à une thématique souvent dure, soit finalement trop plombant. Heureusement, les chibis de Gea Ferraris et surtout son travail sur les couleurs apportent une note bienvenue de légèreté à l’ensemble. Cela participe également à la cohérence du récit, car l’héroïne se revendique comme une artiste qui mêle le pop art au X, de quoi livrer quelques séquences très acidulées qui tranchent volontairement avec des scènes plus sombres, en miroir de ce qui se déroule ou pas derrière la caméra.

Diffusé sur le web en dix chapitres, Sugarpop a été repéré par La Musardine et édité en un seul one-shot, complété d’une dizaine de pages de compléments. Si le propos reste assez hard, l’aspect psychologique est suffisamment mis en avant pour en faire le véritable moteur du récit : une belle trouvaille de l’éditeur !

Un dessin d’étude de l’héroïne artiste et camgirl, avec et sans les couleurs de Gea Ferraris

Par Charles-Louis DETOURNAY

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Code EAN : 9782382099155

Bande dessinée érotique réservée à un public adulte et averti.

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