Moyen
12 janvier 2026
En 2020, nous consacrions un dossier assez complet concernant le personnage de Ramba. En voici un résumé assez succinct qui présente l’héroïne de bande dessinée, mais pas seulement. En effet, véritable phénomène de société dans l’Italie des années 1980, Ramba est née de la rencontre entre l’actrice Ileana Carisio (alias Malu’) et le producteur porno Riccardo Schicchi et sa compagne La Cicciolina.
Sous la houlette du producteur, Malu’ prend les atours d’une femme guerrière dans les revues érotiques du label. Avec ses mitraillettes, ses cartouchières, ses cheveux noirs et son regard dur, Malu’ s’impose dans le personnage de Ramba, pendant féminin et sexuel de Rambo, le personnage incarné par Stallone qui truste le cinéma à l’époque [1]
« S’ensuivent des mois de shows (souvent censurés) et de séances photos, explique Antoine Michel, auteur de la préface de la mini-intégrale parue chez Dynamite en 2020, Malu’ s’adonne au happening en place publique, nue et armée jusqu’aux dents pour le plus grand plaisir de la presse à scandale. »
Pour surfer sur ce personnage médiatique, la bande dessinée s’en empare pour lui donner une toute autre dimension. Dès 1988, le scénariste Marco Delizia, qui avait déjà écrit la transposition BD des aventures de la Cicciolina, prend les rênes du destin de Ramba.
« Je me suis lancé dans cette nouvelle aventure avec un esprit typiquement goliardique, explique le scénariste toujours dans l’avant-propos d’une petite intégrale parue chez la Musardine en 2020, et une espèce d’irrévérence qui permet de créer des récits outranciers, légèrement provocateurs, le tout en impliquant des amis dessinateurs. Un peu comme si nous avions été réunis pendant une soirée et que chacun avait enchéri sur l’autre pour imaginer des histoires impossibles, plus absurdes les unes que les autres. »
En effet, bien loin de la jungle où sévit Rambo, le personnage de Ramba est présenté comme une super-tueuse à gage que rien n’effraie, surtout pas trucider ceux que le destin met sur son chemin. Juchée sur sa moto dont les trépidations l’excitent au plus haut point, elle sillonne les grandes villes italiennes pour effacer du registre les bons comme les méchants, pourvu qu’on la paie et qu’elle puisse s’envoyer en l’air au passage, soit avec le commanditaire, soit avec la victime (pré- ou post-mortem).
Les récits de Ramba sont à lire au second degré, car le sadisme généré par l’héroïne de bande dessinée dépasse des sommets. Mais il ne faut pas limiter Ramba à la violence qu’elle déchaîne. Cette femme dominatrice et misandre se détache effectivement du modèle des héroïnes de la bande dessinée érotique, qui subissent habituellement les outrages et/ou la misogynie des hommes.
Ramba n’a pas seulement fait parler d’elle en Italie, elle a franchi les Alpes pour tout d’abord être publiée chez Magic Strip en 1992, puis bénéficier d’une intégrale pourvue d’une nouvelle traduction de Bernard Joubert chez Dynamite en 2011. Ces trois précédents récits ont été réédités en 2020 dans la collection Fumettix->art26220] (toujours chez Dynamite), et nous appelions de nos vœux la suite des aventures de la belle mais terrifiante diablesse.
Enfin, le retour !
Curieusement, c’est Tabou qui reprend les rênes de la destinée francophone de Ramba en publiant il y a quelques mois le nouveau tome d’une nouvelle série. Le petit format et l’encrage sombre des fumetti sont relégués aux oubliettes. On profite cette fois d’un grand format sans remontage préalable et surtout de couleurs expansives ! Au sein de l’équipe d’auteurs, on retrouve même le scénariste originel Marco Delizia, c’est dire notre impatience à renouer avec notre rugissante tueuse.
Si l’entrée en matière comble ci-dessus toutes nos attentes, la trame générale de ce premier récit nous laisse tout de même sur notre faim. C’est que notre Ramba s’était rangée des affaires... au point d’être plus rouillée qu’un seau de clous laissé sous la pluie ! Après cinq ans d’inactivité, on la retrouve donc shampooineuse ! Si c’était dans un salon pour de féroces canidés, on aurait compris, mais non : elle exerce son "art" de ses mains expertes dans un salon de coiffure pour mamies volubiles. Ramba a même laissé tomber sa rutilante moto pour un pitoyable petit Solex. Seul son chat Lucifer est resté près d’elle, ainsi que ses mitraillettes, mais aucune chance pour Ramba de s’en servir à cette occasion. Elle doit seulement descendre deux petits bourgeois... qui, entre nous, l’ont bien mérité !
Ne boudons pas notre plaisir : renouer avec le personnage de Ramba plaira certainement aux précédents lecteurs. Et les nouveaux ne seront pas dépaysés pour autant. Le talent graphique du dessinateur Andrea Bulgarelli (on vous en reparle prochainement avec Suspiria), auréolé par les aquarelles inspirées de Chiara Cimicchi, vaut déjà la lecture, dans cette faribole d’empoignes, de sueur, de sang et d’autres sécrétions en tout genre.
Reste qu’on attendait un poil mieux que Marco Delizia... Cette Ramba sur le retour fait parfois un peu peine à voir. On l’aurait parfois espérée plus conquérante, plus sûre d’elle-même, avec un second degré plus affirmé. Alors que le premier degré de notre tueuse, qui tente de retrouver sa prime jeunesse, est parfois un peu pathétique...
Qu’importe ! Tout est excusé, car un second tome pointe son nez, et l’on comprend dès lors qu’il fallait que notre héroïne, comme tout schéma qui se respecte, touche le fond avant de progressivement remonter. Et le tome 2, qui s’intitule "Pardonne mes offenses", affiche déjà en couverture un regard plus fier et ravageur auprès de notre sadique préférée. Ne ratez donc pas ce premier tome, afin de profiter pleinement de la suite qui se profile... dangereusement !
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Bande dessinée érotique réservée à un public adulte et averti.
Lire également notre dossier : Ramba, la mercenaire
Lire également : Ramba La mercenaire - Par Marco Delizia et Rossano Rossi - Dynamite
[1] Les trois premiers films de Rambo sont respectivement sortis en salle en 1982, 1985 et 1988.