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Bon
25 avril 2026
C’est via une agence de com’ que le groupe Tatol – quelque chose entre Statoil et Total – contacte les jeunes artistes. Dans une novlangue managériale ridicule, les communicants leur proposent de créer un titre « jeune et urbain » qui permettrait à Tatol de développer une autre image que celle d’exploiteur des ressources de la planète. Après d’âpres discussions, elles acceptent... à leur manière : elles pondent un morceau punk enragé, filment le clip devant une Tesla en feu, et en appellent à brûler le système.
Le succès est fulgurant : les images inondent les réseaux, le nombre de followers augmente, et même Tatol, pour qui il n’y a jamais de mauvaise pub tant qu’on parle d’eux, est ravi. Mais très vite, ça dégénère : dans la rue, prenant le message au pied de la lettre, certains se mettent réellement à brûler des voitures électriques. La violence monte et le trio se retrouve piégé dans un engrenage qu’il ne contrôle plus. Entre les filles et leurs amis, entre les filles elles-mêmes, la tension explose : à l’ère du buzz et des algorithmes, peut-on encore détourner le système sans se faire dévorer par lui ? Le récit oscille alors entre comédie noire, thriller social et grotesque.
On reste un moment perplexe face à ce titre descriptif, et cette couverture incendiée montrant un bébé joufflu tenant une Tesla en flammes. Tout au long de l’album, le style graphique est hybride : quelques traits presque enfantins, avec des couleurs vives et saturées ; des collages sauvages, des captures d’écrans saturées d’icônes, des doubles pages psychédéliques ; en parallèle, un bébé géant qui grandit de manière absurde et vorace... On ne sait pas toujours où poser le regard, mais ça s’accorde assez assez au sujet : un monde numérique devenu incontournable, la course à la visibilité quel qu’en soit le prix, le cynisme des marchands de mort, des identités qui se cherchent entre des intérêts personnels en partie contradictoires.
À l’arrivée, l’album se lit comme la métaphore d’une société qui dévore tout : c’est dérangeant et assez désespérant.
Par Damien BOONE
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