Excellent
18 août 2025
Hôtarô Oreki est un lycéen renfermé et apathique qui ne pense pas grand-chose de la « magie » du lycée. Et pour les trois années à venir, il a un unique objectif : mener une vie aussi calme et sans effort que possible. Cependant, il se trouve contraint de rejoindre le club de littérature classique après avoir reçu une lettre de sa grande sœur qui le lui demande expressément pour éviter qu’il disparaisse. Le club n’ayant pas de membre, il est quasi à l’abandon, ce qui, au bout du compte, arrange Hôtarô.
Malheureusement, les tracasseries de notre héros ne font que commencer : en arrivant dans la salle du club, il découvre une autre première année, Eru Chitanda, qui semble déjà en faire partie. Hôtarô se laisse alors embarquer par cette curieuse et énergique jeune fille dans une étrange affaire de « chambre close ». Rapidement, deux autres membres les rejoignent, entraînant une activité du club bien trop intense pour Hôtarô, surtout que les mystères et les affaires vont petit à petit s’accumuler.
Nous avons parlé d’une sortie surprise, en fait elle ne l’est pas tant que ça : en 2024, les éditions Vega ont annoncé un accord avec Kadokawa, un éditeur japonais spécialisé dans le média-mix, qui a pris 51 % des parts de la maison d’édition française. Et Hyouka fait partie des titres « prestige » de Kadokawa inédits en France, tout simplement. Concernant l’œuvre elle-même, il s’agit d’une série de 6 romans, publiés entre 2001 et 2016 [1]. Une adaptation en animé a été diffusée en 2012, la même année que le début de l’adaptation manga, toujours en cours, comptant 16 tomes pour l’heure.
S’agissant à l’origine d’un roman, le récit s’articule essentiellement entre des dialogues et des réflexions en longueur des personnages. Quatre protagonistes composent le casting principal : Eru à la curiosité insatiable, Satoshi, l’incarnation de la sociabilité qui connaît mille détails sur tout et rien, Mayaka, passionnée de manga et de dessin, et Hôtarô, le préposé à la résolution des mystères. Eru a rejoint le club pour percer un mystère concernant son oncle, qui a été élève dans leur lycée dans les années 60. C’est le premier fil rouge de l’œuvre, avec d’autres qui vont s’ajouter au fur et à mesure.
Point important : même les choses les plus anodines sont questionnées dès qu’elles intriguent Eru. Par exemple, lorsqu’un professeur de mathématiques se trompe sur l’avancement de son cours pour la classe d’Eru, celle-ci a besoin de comprendre pourquoi, et c’est Hôtarô, avec ses deux camarades, qui se creusent la tête pour trouver la réponse. Le récit n’est ni flamboyant ni extravagant, mais ancré dans un quotidien banal où les mystères sont des étrangetés que la plupart des gens ignorent, mais pas Eru, qui a besoin de les comprendre.
Le manga distille une ambiance douce et légère, explorant avec profondeur les mystères du quotidien ou ceux cachés, le tout couplé aux mécaniques de tranches de vie. Rien d’extraordinaire, mais des personnages et des énigmes parfaitement ciselés, au parfum de nostalgie, qui captivent par des questionnements astucieux sur le désir (assumé par Eru via sa curiosité et nié par Hôtarô via sa paresse). Une jolie œuvre, fine et pleine de malice, qui devrait ravir les amateurs d’enquête jeunesse.
Par Guillaume BOUTET
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Hyouka T.1 & T.2. Par Honobu Yonezama (scénario), Taskohna (dessin) & Futoshi Nishiya (design des personnages). Traduction : Emmanuel Bochew. Editions Vega, collection "shônen". Sortie le 4 juillet 2025. 180 pages. 8,35 euros.
[1] Pour être précis, les 5 premiers romans ont été publiés de 2001 à 2010, et le sixième « bonus » en 2016.