Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Excellent
7 décembre 2025
Guido Crepax est sans conteste le plus exploratoires des maîtres italiens du neuvième art. Ces expérimentations sont graphiques, dans le dessin, les perspectives,... Mais le grand public reconnaît également son style dans son trait ultrafin et essentiellement son découpage qui multiplie les cadrages, comme si notre œil virevoltait d’un zoom à l’autre lors d’une situation qui dépasserait nos sens.
Cette exploration ne s’est bien entendu pas limitée à la bande dessinée érotique. On la retrouve essentiellement dans Valentina, une œuvre-phare par trop méconnue de notre côté des Alpes et dont on attend impatiemment la suite de l’intégrale chez Dargaud-Champaka. Au-delà de cette série mythique que Crepax a poursuivi tout au long de sa carrière, le maître italien a réalisé bien d’autres albums et s’est progressivement de plus en plus intéressé au domaine de l’érotisme, et plus spécifiquement au sado-maso.
C’est d’ailleurs avec un premier recueil que nous avions intitulé Crepax et sa Bible du sadomasochisme que Delcourt avait (enfin) commencé sa réédition de l’auteur italien dans ce format que nous encensons depuis plus de deux ans. En effet, ces rééditions à forte pagination (plus de deux cents pages pour chaque volume) permettent non seulement de remettre en librairie des trésors incontournables de la bande dessinée érotique, mais surtout d’en profiter pour enfin traduire (souvent pour la première fois) en français des œuvres d’auteurs reconnus, mais malheureusement restés inédits en France jusquà présent. Et au rayon des récits inédits, mais diablement intéressant, Crepax reste certainement l’un des plus mal servis de ce côté-ci de la frontière, c’est dire notre enthousiasme à chacun volume qui sort !
Mais n’allons pas trop vite en besogne et commençons par la pièce de résistance de cet imposant volume, à savoir Justine sous-titré « Les Malheurs de la vertu » par le Marquis de Sade. Sans entrer dans de trop longues explications, rappelons juste que le plus célèbre des marquis embastillés a composé cette œuvre comme deux miroirs qui se renvoient leurs images pour la même conclusion : la vertu n’est pas toujours récompensée, le vice n’est pas toujours puni. Ainsi imagine-t-il deux sœurs, séparées à l’âge de 13 ans ; la vertueuse s’appelle Justine, la plus vicieuse se dénomme Juliette. Mais c’est à Justine que Crepax va s’intéresser, et surtout aux tourments dont elle ne cesse d’être victime.
Si Histoire d’O et Emmanuelle restent les deux récits érotiques de Crepax les plus connus des lecteurs, on peut saluer l’initiative de Delcourt de mettre ainsi à l’avant-plan le méconnu Justine après avoir déjà consacré un volume à chacun des précités. C’est à la fin des années 1970, au sommet de son art, que l’auteur italien s’attèle cette adaptation fleuve (près de 150 planches). Chronologiquement, Crepax profite de son travail sur Histoire d’O et Emmanuelle pour insuffler la force nécessaire à ce sulfureux récit. Il n’est cette fois plus question de dames de la haute qui arpentent la voie des plaisirs et de la domination consentie, mais bien du parcours d’une jeune femme des plus vertueuses, dont la beauté, la candeur et la pudeur sont mises à mal par toutes les personnes qu’elle rencontre.
L’adaptation du roman le plus décrié du Marquis de Sade (il ne cessa de le réécrire pendant toute sa vie) donne à Crepax l’occasion de montrer toute la dextérité qu’il a acquise depuis le début de sa carrière. Les visages évoques des passions diverses et exacerbées, comme le démontre cette couverture à caractère si peu commercial ; la finesse et la justesse du trait sont sans égale à cette époque ; mais surtout la composition des pages sont perpétuellement changeantes afin de casser toute lassitude au gré de cette longue lecture, tout en amplifiant le contenu des scènes. Il s’agit parfois des découpages multiples avec des cadrages zoomés caractéristiques du maître italien, mais aussi de grandes pleines pages, ou alors de cases successives mais à fond perdu pour évoquer l’abandon des sens. Techniquement, artistiquement, ou concernant le contenu, Justine reste l’un des chefs-d’œuvre de Crepax qu’il faut absolument lire si vous vous intéressez à la bande dessinée érotique.
150 pages rares ou inédites en français
L’ouvrage pourrait se limiter à cet ambitieux récit, mais comme indiqué précédemment, Delcourt en profite pour adjoindre des récits méconnus ou inédits en français, ce qui démultiplie l’intérêt de l’ouvrage en question. Voici les compléments que l’on retrouve cette fois-ci et qui composent la moitié des trois cents pages de ce recueil :
Vous l’aurez compris, si on fait exception de la couverture, nous sommes complètement tombés sous le charme de cet ouvrage imposant, tant pour l’importance que revêt le récit de Justine dans l’œuvre de Crepax, que pour les récits complémentaires qui sont enfin édités ou réédités en français. Nous avons hâte de vous parler prochainement d’autres ouvrages tirés de cette collection.
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Bande dessinée érotique réservée à un public adulte et averti.
Justine et autres récits entre vice et vertu - Par Guido Crepax - Delcourt
Sur le même sujet, lire Crepax et sa Bible du sadomasochisme
Tous les visuels sont © Éditions Delcourt, 2025 - Guido Crepax.