Excellent
29 janvier 2026
Coji-Coji vit à Märchen, le pays des rêves. C’est un esprit libre et sans souci, qui peut sembler stupide car c’est une tête de linotte, ignorante des choses de la société et des principes de base des relations humaines. Son seul but dans la vie est d’être elle-même et heureuse. En somme, Coji-Coji ne pense qu’à s’amuser, goûter et dormir, ce qui peut poser problème car même à Märchen, il y a l’école ! Autant dire que son professeur prend Coji-Coji pour un cas désespéré, mais ses camarades ne sont pas nécessairement en reste.
Initialement Coji-Coji est un personnage d’illustration griffonné par Momoko Sakura qui donna lieu à une série de 6 livres illustrés pour enfant, entre 1993 et 1994. Puis de 1994 à 1997, la mangaka transposa son univers dans une série manga, celle qui nous intéresse aujourd’hui. L’édition proposée par Mangetsu est la dernière en date, de 2018, qui compile les aventures de Coji-Coji en trois tomes. Nous y retrouvons le goût de Momoko Sakura pour la parodie et le burlesque, mais avec l’univers merveilleux et magique de Coji-Coji, elle peut littéralement se « lâcher », n’ayant aucune limite, si ce n’est celle de son imagination.
Les parallèles avec Chibi Maruko-chan sont évidemment les premiers éléments qui sautent aux yeux : Coji-Coji est ici aussi l’avatar de la mangaka, qui se partage entre l’école, une bande de camarades très archétypaux, et des péripéties au cours desquelles Coji-Coji croise les étranges habitants de Märchen, mais aussi ceux d’autres mondes qui viennent les visiter. Ses interactions et ses interrogations avec les autres constituent le cœur des histoires.
Märchen étant un pays de l’imaginaire, les camarades de Coji-Coji sont un roi soleil, une théière, un ange, un diablotin, une grenouille, la divinité du beau temps et bien d’autres personnages à la nature souvent improbable, voire pas réellement définissable. Un casting qui n’a pas vraiment de sens ou de logique, à l’opposé de leurs personnalités, banales ou ridicules. Bref, des caricatures, mais on ne sait pas exactement de quoi.
Tout ce beau monde vit au rythme d’événements dérisoires : s’interroger sur le rôle de l’école, écrire une lettre de fan, s’inquiéter d’une tempête à venir, obtenir des dédicaces de célébrités, jalouser la possession d’un livre rare, rendre visite à un sage qui sait tout, etc. Le comique repose généralement sur l’incompréhension de Coji-Coji face à ces événements, qui cherche en vain à les comprendre, ou au contraire les ignore pour vivre à son rythme. Bref, Coji-Coji est anticonformiste dans un monde où l’extravagance cache des comportements standardisés et de groupe.
Le style graphique, enfantin et maladroit, les dialogues simples, le comportement décalé, et parfois brutal, de Coji-Coji confèrent une ambiance particulière au manga. Bien plus qu’avec Chibi Maruko-chan, on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas d’un conte pour enfant, mais bien pour adulte. Les travers et les médiocrités y sont décrits de façon très symbolique et élémentaire, au sein d’une narration épurée à l’extrême, jusqu’à l’absence de morale ou de chute.
L’ensemble est un joyeux bazar qui ne raconte rien à première vue, mais dont on comprend parfaitement la dimension satirique, ce qui en fait un objet aussi curieux que précieux.
Par Guillaume BOUTET
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Coji-Coji T.1. Par Momoko Sakura. Traduction : Anaïs Fourny. Mangetsu, collection "Koten". Sortie le 7 janvier 2026. 256 pages. 7,95 euros.
Chibi Maruko-chan sur ActuaBD :
– Lire la chronique du tome 1
– Lire la chronique du tome 3
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