À travers Jean-Pierre Hugot, c’est notamment les années Charlie (Mensuel et Hebdo) ou Fluide Glacial qui sont revisitées au fil de cet échange. Un parcours riche qui, au-delà des modes et des évolutions intervenues, reste fidèle à une certaine « marque de fabrique » caractéristique de ce bédéaste : un humour aux limites de l’absurde et une grivoiserie surfant parfois sur des clichés faciles, un trait souple et maîtrisé ont permis à ce dessinateur de s’inscrire dans le paysage du neuvième art, en dépit de succès commerciaux modestes. Un regard amusé, parfois un peu nostalgique mais toujours lucide font de cet entretien avec le créateur des Deux mecs une bonne introduction à son univers particulier. Conscient d’un humour qui peut sans doute poser question, ce créateur n’oublie pas de préciser que « l’on peut rire de tout, sauf si on est un connard », tout en s’empressant d’ajouter « que tout le monde ne peut pas rire de tout ». Une mise en garde à méditer par les temps qui courent.
Autre approche proposée avec la seconde rencontre de ce numéro ! Autre génération, autre style, autre vue sur le métier que celui de Nathalie Ferlut. Passée par les beaux-arts d’Angoulême à la fin des années 1980, la jeune femme a connu, un parcours différent et une production éditoriale qui ne l’est pas moins. L’autrice d’Andersen, les ombres d’un conteur (Casterman) nous livre un autre regard sur la création, le contexte dans lequel la BD évolue aujourd’hui face à des contraintes éditoriales ou matérielles particulières. Dans ce cas, la démarche adoptée renvoie souvent à un travail d’équipe, une variété des techniques et l’alternance passant du rôle de de scénariste à celui d’auteur complet ou de coloriste, une approche pluridisciplinaire qui la distingue de son aîné.
Cette double rencontre est complétée par deux retranscriptions de débats animés dans le cadre des tables rondes du SoBD. La première est consacrée à la presse féminine adulte à partir d’échanges entre Harry Morgan , Manuel Hirtz et Béatrice Guillier, tandis qu’un autre entretien invite à découvrir le travail du chercheur Erwin Dejasse, une contribution à l’analyse du monde des bulles.
Arturo Pérez del Castillo et Jules Stomboni sont deux autres auteurs dont le travail est présenté et analysé dans ce numéro de Bananas, une des dernières revues qui poursuit son exercice critique avec toujours autant d’exigence et d’érudition. Loin des stratégies marketing auto-complaisantes, un outil qui reste indispensable pour les amateurs.
Voir en ligne : Pour joindre Bananas
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion