BDFIL 2025 : choses vues et entendues

Par Cédric SUILLOT 15 mai 2025 
Riche de treize expositions et de nombreux événements, la 19e édition du festival lausannois de bandes dessinées s’avère difficile à relater en détail. On se contentera donc de quelques fragments impressionnistes, forcément impressionnistes.

L’appartement de Guillaume Long

Invité d’honneur du festival lausannois, le dessinateur culinaire expose un survol de sa carrière, avec divers originaux, auquel il a adjoint ses collections de boîtes de sardines et de cafetières. La présentation prend la forme d’un itinéraire dans un appartement imaginaire, orné de graffitis sur les murs. Le 10 mai, en compagnie de la pâtissière Claire Geraghty, Guillaume Long a en outre régalé les yeux et les papilles du public en illustrant en direct la recette de la « meilleure tarte au citron meringuée du monde ». Pas moins.

BDFIL 2025 : choses vues et entendues
L’entrée de l’exposition « La recette Guillaume Long »
© BDfil 2025
Même les lieux d’aisance sont décorés
© BDfil 2025

Un ourson danois dans les Alpes

© Caurette

À l’occasion de la sortie de Petzi en Suisse (le 14 mai), BDFIL propose une exposition sur la petite bande des animaux navigateurs. De longue date, le plantigrade au bonnet bleu a trouvé son public en Suisse romande, davantage que dans le reste de la francophonie. Il était écrit que les deux pays qui possèdent un drapeau rouge à croix blanche devaient s’enticher d’un personnage qui porte une salopette rouge à pois blancs. Dans une disposition très colorée, un panneau nous explique, de façon à la fois bienveillante et moderne que « Souvent considérée comme une femme au foyer, rien n’indique pourtant que [la mère de Petzi] ne mènerait pas une carrière professionnelle. » La preuve par l’absence en quelque sorte.

Le premier strip de Petzi
(Berlingske Aftenavis, 17 novembre 1951)

On savait de longue date que les bandes quotidiennes de cette série enfantine avaient été remontées et tronquées de façon aléatoire. Il en résulte une impression d’absurde voire de surréalisme qui n’a échappé à personne. L’exposition précise que, dès le départ, les lecteurs ne furent pas les premiers surpris par ces récits : « Son auteur, Vilhelm Hansen, concevait les dessins de manière à laisser à son épouse Clara le soin d’imaginer les textes qu’elle voulait. Et parfois, le résultat final devenait une tout autre histoire que celle qu’il avait imaginée en dessinant. »

Il n’y a pas que Rosinski

Après Adam Mickiewicz (en 1839) et Ignace Paderewski (dans les années 1930), Lausanne accueille sous le titre « La Pologne, terre d’histoires » une présentation (huit planches géantes et cinq vitrines) du passé et du présent de la BD dans ce pays, plus célèbre pour ses affichistes que ses bédéastes. Une délégation paritaire de trois auteurs et trois autrices, dont Marzena Sowa (Marzi), est venue parler de ce domaine en plein développement.

Le grand tournoi, 1981 (1976, en feuilleton
dans le journal Świat Młodych, « Le monde des jeunes »)
© Egmont

À côté d’une production contemporaine originale, on signalera une série à succès née à l’époque communiste, Kajko et Kokosz (création de Janusz Christa, une vingtaine d’albums parus). Dans un Moyen Age de fantaisie, le petit village de Mirmiłowo affirme son indépendance. Sous la conduite d’un chef affublé d’une épouse dominatrice, les habitants, avant tout un petit guerrier malin et un grand bêta, résistent avec énergie à l’invasion des « chevaliers noirs », des conquérants nettement germaniques. Tiens, ça rappelle quelque chose…

Rêve brisé

Sur un scénario de Sophie Adriansen, Voie de garage raconte la vie d’un Lausannois naguère connu, Martial Richoz (1962-2024). Tout petit déjà, Paulin (son nom dans le livre) adorait les trolleybus qui sillonnent sa ville. Faute de pouvoir y travailler, il en était venu à créer des lignes imaginaires, qu’il suivait chaque jour avec divers caddies bricolés pour évoquer l’apparence des véhicules de transports publics. Au bout d’un certain temps, cette occupation bien innocente déclencha l’intervention des institutions, qui décidèrent de placer le jeune homme en asile psychiatrique. Très vite, se leva une tempête de protestations pour dénoncer les abus des internements administratifs, justice et psychiatrie se renvoyant la balle. Cet aspect est évoqué dans cette BD, qui se concentre davantage sur la solitude de son héros malgré lui et son rattachement à la catégorie des créateurs d’art brut, dont une collection importante est abritée à Lausanne.

© Dargaud

Venu de la sérigraphie, Arnaud Nebbache illustre ce récit de grands aplats de couleurs (guère plus de trois par planche), qu’il découpe par retraits successifs, sans traits. On ne saurait demeurer insensible à la souffrance vécue, énoncée par Martial lui-même, avant et après sa mise à l’écart. Les lecteurs indigènes découvriront une Lausanne imaginée (les auteurs n’y sont pas venus avant le festival) et seront surpris d’apprendre qu’il y a des magasins mammouth en Suisse ou que l’on y salue tout le monde d’un « Adieu », même des gens qu’on ne connaît pas.

Les premiers mangas en français

Une des salles du festival est consacrée au thème des mangas. Le Centre BD de la Ville de Lausanne est allé exhumer de ses vastes caveaux bon nombre de traductions et de commentaires des publications nippones.

© Kesselring

En complément, la Bibliothèque Cantonale et Universitaire offre jusqu’en octobre 2025 une présentation du Cri qui tue, sous-titré « honorable revue de bandes dessinées exotiques ». Ce trimestriel édité en Suisse par Atoss Takemoto et Rolf Kesselring, connut 6 numéros entre 1978 et 1981. Sa publication s’arrêta en raison de l’insuccès propre à tous les précurseurs.

Par Cédric SUILLOT

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Code EAN :

BDFIL
Lausanne, quartier de la gare
Jusqu’au 18 mai 2025
Expositions et espaces de vente ouverts au public des vendredis aux dimanches
Vendredis gratuits, billets CHF 15 pour les autres jours
Programme complet : https://bdfil.ch/

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