Sorceress from another world est un album que l’on doit à l’artiste Simon, un titre qui a été publié originellement en 2017 au Japon par l’éditeur Kill Time Communication. On a régulièrement vu ces dernières années des références issues de ce catalogue, souvent décalé dans l’esprit, nous parvenir en langue française, comme par exemple les premières œuvres de Doumou.
Sorceress from another world tient son titre de son histoire principale, racontée sur plus de 160 pages. On y suit les aventures d’Eita et de Sera, le premier étant un étudiant qui rencontra un jour et par hasard dans un manoir supposément hanté la seconde, une sorcière d’une autre dimension de son état qui s’est téléportée dans notre réalité suite à une expérience.
L’artiste Simon va très vite embrasser l’aspect loufoque de la situation et ainsi suspendre l’incrédulité des lecteurs : Sera explique sérieusement à Eita qu’elle a besoin de mana (une source d’énergie) afin de déployer sa magie et que la seule source qu’elle connaisse aussi loin de chez elle… est de récolter les fluides corporels d’un homme qui a mélangé sa magie à ceux-ci.
Hentai oblige, Eita va être capable grâce à sa nouvelle amie de mélanger sa magie dormante à ses fluides corporels, ce qui lui permettra de partager son mana avec celle-ci. Sera observe même que le potentiel magique de son protégé augmente exponentiellement au fur et à mesure qu’il partage son mana avec elle… ainsi qu’avec les autres personnes issues de sa dimension qui ont elles aussi participé à l’expérience de téléportation.
Nous avons dans ce contexte beaucoup apprécié les nombreuses surprises que réserve l’auteur au fil de cette aventure bien ficelée. Ainsi, les différentes situations amenant aux séquences érotiques ou tout simplement le contenu même de ces dernières forment un ensemble véritablement surprenant, même pour les lecteurs les plus aguerris. Ce qui est aussi appréciable sur ce point, c’est que le récit ne se dégonfle pas quand il s’agit de s’aventurer de manière franche sur la voie de la loufoquerie.
Par exemple, le personnage de Tania, une autre sorcière issue de la dimension de Sera, qui a pour sa part mis au point le cercle de téléportation de cette fameuse expérience, se retrouve dans ce qu’elle pense être un château… Qui se révèle en fait être une chambre d’hôtel où une production pornographique attend impatiemment son actrice issue du monde du Cosplay. Habillée comme une sorcière et parlant une langue incompréhensible, les acteurs se disent que leur nouvelle partenaire est sacrément douée pour incarner son personnage ! Voici une situation littéralement inepte que l’artiste Simon parvient quand même à très bien exploiter, ce qu’il arrive à faire tout au long du récit avec d’autres concepts similaires.
L’autre gros point fort de ce récit, c’est la place offerte aux sentiments. Eh oui, pour une rare fois dernièrement, il y a la naissance d’une romance qui nous est ici racontée et ce d’une jolie manière. L’échange de mana n’est pas qu’une question de sexe présentée aux lecteurs, c’est aussi la possibilité pour les partenaires de partager leurs pensées par télépathie. Eita et Sera découvrent ainsi bien vite qu’ils sont capables de lire comme dans un livre ouvert chez l’autre, mais aussi que leurs désirs et leurs sentiments profonds ne peuvent pas être cachés à leur partenaire… L’écriture de Simon nous a paru à l’occasion très solide et touchante.
Le second récit de cet album, intitulé Première Sexpérience paranormale et raconté sur une petite trentaine de pages, confirme notre appréciation d’ensemble de l’ouvrage car on y retrouve les mêmes ingrédients pour une efficacité similaire. On suit dans ce récit les déboires d’une étudiante décédée avant de s’éveiller à l’amour. Son fantôme, libéré des contraintes qui pesaient sur elle de son vivant, s’intéresse désormais de très près aux hommes… Le hic, c’est que son sexe est désincarné car elle n’a pas découvert de plaisirs charnels avant de mourir ! Par chance, il semblerait qu’un étudiant qui a la malchance d’attirer les esprits à lui rôde désormais dans le secteur…
Une nouvelle fois, une place importante est ici laissée par l’artiste aux sentiments car on assiste encore à la naissance d’une idylle dans un contexte bien décalé. Surprises et bons sentiments ne manquent une nouvelle fois pas de maintenir l’intérêt des lecteurs sur cette fin de l’album.
Sur le plan graphique, le trait de Simon n’est pas le plus joli que l’on ait vu dernièrement, mais il n’en demeure pas moins attrayant et parvient avec justesse à sublimer les atmosphères souhaitées par l’auteur pour ses séquences érotiques. En effet, Simon est capable d’alterner des ébats lascifs entre deux partenaires avec des séquences assurément débauchées qui peuvent impliquer quatre personnes. Une patte graphique qui a donc globalement son charme.
Sorceress from another world est une excellente surprise que nous vous recommandons chaudement : la rareté du genre de la Fantasy parmi les Hentai qui nous parviennent est au bout du compte seulement une cerise sur un gâteau où les multiples rebondissements et les bons sentiments constituaient déjà l’essence réussie de l’œuvre. Comme il s’agit du troisième recueil de la carrière de l’artiste selon sa postface, nous sommes désormais impatients de revoir prochainement un nouvel album signé par Simon afin de découvrir si la magie opère toujours !
Par NICKYL
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Sorceress from another world. Par Simon (scénario et dessins). Traduction d’AQ. Hot Manga. Sortie le 14 juin 2024. 192 pages. 9,95 Euros.