Pourquoi la BD, Pascal di Egidio ?
C’est venu naturellement. J’ai toujours eu la passion de la BD, comme plein de Belges, je dirais. J’ai fait mon éducation grâce à la collection de mon père, qui est un collectionneur de BD depuis qu’il est très jeune, lui aussi. Donc, tous les grands classiques, en fait, j’ai appris à les aimer dans sa collection, je les ai lus. Et lorsque j’ai débuté ma carrière en maison de vente, avec le lancement de Catawiki, j’ai un peu basculé de l’autre côté, en voyant, en fait, le dynamisme du marché de la collection et des ventes organisées à l’époque.
Cela m’a ouvert les yeux sur le potentiel de ce marché, un potentiel que j’ai pu exploiter lorsque j’ai créé Dagoty, cinq ans après. J’avais vraiment senti que je pouvais être rapidement rentable grâce à la BD. Mais cela n’a pas été le cas tout de suite, malheureusement. Cependant, dès la deuxième vente, j’étais en équilibre. Cela m’a permis de grandir.
Quelles sont les qualités d’un bon expert ?
Je pense qu’il faut aimer son sujet. La passion de la collection, c’est le moteur. Ce n’est pas du tout un cliché. Cela permet aussi de mieux connaître le thème, les choses, de mieux étudier la question. Ça demande pas mal d’expérience et de travail, d’études, que ce soit la BD ou un autre thème.
Ensuite, il faut faire ses choix. Depuis le début, j’ai fait le choix d’être un vrai commissaire-priseur. C’est-à-dire que je ne vends pas ma marchandise. Je ne suis jamais le propriétaire de des lots de mes ventes. Donc je prends tout en dépôt. Ça me permet de rester neutre et de vraiment défendre, je dirais honnêtement, la marchandise des clients, les lots, les collections.
Quel genre de personnes viennent vous voir ? Ce sont des successions de collectionneurs ?
Avec le temps, il y en a de plus en plus. Au début, je me suis reposé sur mon réseau de l’époque, qui était constitué de pas mal de professionnels et d’amateurs qui faisaient de la vente « en chambre ». Et avec le temps, nous recevons de plus en plus des successions ou des gens qui arrêtent de collectionner ou qui passent à autre chose. J’en ai un petit peu fait ma spécialité, en fait, de revendre des collections entières. C’est comme ça que j’arrive notamment dans cette vente-ci, la vente BD numéro 28, à avoir autant d’originaux en si peu de temps. Et autant d’albums aussi, de qualité.
Comment évolue le marché ?
Personnellement, j’ai dix ans de recul dans le domaine de la BD. Je sens toujours un marché très dynamique, très demandeur. Je pense qu’on a encore de belles années devant nous. C’est sûr que le marché s’est un peu stabilisé. C’est ce que j’entends de la part de gens qui ont encore plus d’expérience que moi, qui ont vingt, vingt-cinq ans de carrière, par exemple. Je dirais que le marché est peut-être plus mûr aujourd’hui. Mais la demande reste très forte. Et évidemment, il y a le numéro un qui reste Tintin, pour les gens plus âgés, mais aussi des gens plus jeunes.Tintin est vraiment très populaire, même à l’étranger, au niveau mondial, en dehors de la francophonie. Donc, moi, je suis assez optimiste pour le futur.
À quoi ressemble un collectionneur-type ?
Honnêtement, je suis incapable de vous le dire. Je dirais qu’un collectionneur BD est quelqu’un d’assez... discret, de nature. Ça, c’est quelque chose que je ressens. C’est difficile de coller les étiquettes. Il est plutôt masculin, ça, c’est sûr aussi. Cela étant, il y a tellement de profils différents... Si l’on devait faire des catégories, je dirais que tout ce qui est album ancien, la clientèle est plus âgée. Mais tout ce qui est produits dérivés et pour pas mal d’originaux, la clientèle est peut-être plus jeune. Elle a moins de 50 ans, voire moins de 40 ans… Puis il y a toute la notion aussi du placement financier qui attire beaucoup de gens aussi en dehors ces questions. Cela reste assez varié, je pense. Nos clients viennent de Belgique, de France, de Suisse, du Canada, des îles françaises. De la francophonie, même s’il y a des néerlandophones.
Vous êtes optimiste parce que vous avez vu une progression de votre chiffre d’affaires ?
Dans mon cas, oui, évidemment. C’était le but : faire grandir ma société, mon activité. Que ce soit plus rentable par rapport au travail que ça me demande parce que je travaille toujours seul à ce stade. Donc la charge du travail est quand même assez colossale. Mais je reste optimiste parce que je sens l’amour, l’enthousiasme des gens pour le sujet. Et ça, c’est toujours très agréable. S’il y a la passion, le reste suit. Donc j’ai des clients qui achètent des lots à 100 euros qui sont aussi contents que des gens qui achètent des lots à 1000 euros. Et c’est aussi pour ça que nos ventes sont aussi larges au niveau des valeurs. Cela a toujours été un but aussi pour moi de rester grand public.
Un conseil pour investir ?
C’est une question qui revient souvent. Je dirais qu’il y a trois catégories différentes, l’album, le dessin ou la planche et puis les produits dérivés.
En album, il vaut mieux rester dans les grands classiques, être très rigoureux au niveau de l’état et faire attention aux restaurations qui ne sont pas citées. En faisant ça, cela reste possible d’investir, je pense, sur le long terme.
Et concernant les originaux et les planches, il y a les grands classiques, évidemment, mais il vaut peut-être mieux, si on pense à l’investissement, regarder les futurs classiques. Donc n’hésitez pas à aller vers les auteurs des 10, 15 dernières années qui vous enthousiasment pour acheter leur production. Parce que ce sont eux, dans le futur, qui vont sans doute le plus prendre de la valeur.
Et ensuite, vous avez les produits dérivés. Il y a vraiment Tintin devant tout le monde. Ça me dépasse parfois, mais il est vrai que les produits dérivés de Tintin de qualité restent un bon investissement aussi. Je pense que pas mal de gens, en dehors de la BD, s’y intéressent grâce au côté décoratif. Le meilleur exemple, c’est la fusée de Tintin. C’est devenu un objet de design, en fait. Donc ça, ça reste, dans bien des cas, de bons investissements.
C’est un marché très concurrentiel.
Tout à fait. Il y a, en ce qui me concerne, en Belgique, pas mal de concurrence, en dépit de la taille du pays. Nous sommes quand même six ou sept maisons de vente à organiser des ventes de qualité en bande dessinée. Cela étant, on a un peu tous notre style et notre façon de faire qui permet de nous distinguer. En ce qui me concerne, je suis le seul à faire des catalogues comme je les fais. Ils sont très détaillés au niveau des descriptifs. Et puis, au niveau du suivi de l’après-vente, je fais tout moi-même. Donc ça, c’est quelque chose aussi de particulier, je ne pense pas que les autres le font. Je m’occupe personnellement de tout, même les emballages, même des envois, même les plaintes, s’il y en a. Le service après-vente, c’est tout moi.
Voir en ligne : ENCHERIR SUR LA VENTE DAGOTY VOL. 28
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