Mou est le nouveau conte érotique signé par Benoît Feroumont, quelques années après avoir proposé Gisèle & Béatrice sur le même segment. On suit dans cet album les déboires de Charles, un jeune homme pour qui la vie n’est pas tendre : manquant de confiance en soi, il se fait marcher sur les pieds par tout le monde, comme sa mère chez laquelle il vit ou ses clients où il officie en tant que livreur.
Un soir, après une nouvelle série de déconvenues, il rencontre dans un bar Paola ; celle-ci flashe littéralement sur l’allure de chaton perdu et tout mouillé de Charles. Elle séduit sans grand mal notre héros car ce dernier n’a visiblement pas l’habitude d’intéresser les femmes.
Paola invite Charles chez elle afin d’y passer la nuit. Notre héros est ému de partager un moment intime avec une femme mais se lance bien vite dans de grandes manœuvres, sans trop écouter sa partenaire. Patatras : Charles jouit précocement et la situation le frustre, tout comme sa partenaire.
Le lendemain matin, Charles s’éclipse discrètement sans lui dire « Au revoir ». Avant de quitter l’appartement, Charles se saisit une canette de soda dans le réfrigérateur et cette dernière a un goût bien abject… Il était loin de se douter qu’il venait de boire une expérience scientifique de Paola, dont le métier est d’être chimiste à l’ESA (l’Agence Spatiale Européenne).
Comme le suggère la couverture de l’album, cette boisson au goût frelaté va transformer physiquement Charles, qui va ainsi devenir une monstrueuse créature molle et tentaculaire. Cette transformation active très vite l’imaginaire tentaculaire lié à l’estampe érotique d’Hokusai, Le Rêve de la femme du pêcheur. Il s’agit là d’un champ de possibilités qu’explore résolument cet album, mais aussi d’un champ que l’on connaît par résonance car embrassé par héritage par l’industrie du Hentai depuis longtemps. [1]
Par un jeu de hasards et de rencontres, Charles va ainsi devenir la coqueluche des femmes de sa ville car il apprend avec ses compétences nouvelles à les satisfaire. Ce qui est appréciable avec cet album, c’est que ses très voluptueux ébats mettent certes avant tout en avant une certaine forme de romantisme, mais il donne aussi une place cruciale à la communication entre les partenaires.
Mou est ainsi un album qui met en avant, et de belle manière, le désir féminin car Charles apprend des différentes femmes qu’il rencontre et celles-ci ne sont pas de simples réceptacles aux désirs libidineux. Au contraire, les hommes sont moins à la fête car la plupart sont bornés et jaloux d’une créature qui ridiculise leurs performances qu’ils estiment viriles.
L’album développe aussi de jolis messages sur l’acceptation de soi et la tolérance envers différentes sexualités. Les personnes que Charles va rencontrer au fil de cette aventure sont physiquement, mentalement et d’âges différents ; ce qui va progressivement permettre à notre héros d’évoluer à leurs rencontres et ainsi de s’épanouir.
Une bien jolie histoire, un très joli trait, un imaginaire érotique qu’on n’a pas souvent lu dans le paysage franco-belge… Assurément, Benoît Feroumont a trouvé une bonne formule et propose ainsi avec Mou un album qui mérite le détour.
Par NICKYL
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Mou. Par Benoît Feroumont (scénario et dessins). Éditions Dupuis. Sortie le 31 mai 2024. 96 pages. 19,90 Euros.
[1] Étonnamment, si les tentacules sont fréquentes parmi les mangas érotiques vendus au Japon, rares sont les albums à nous parvenir en langue française avec un tel thème. En grattant quelque peu nos souvenirs récents nous est ainsi revenu en tête l’album Ensorcelantes de Doumou où un slime entreprenant a la vedette le temps d’un récit.