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"Les Chasseurs d’écume" : une épique saga de pêcheurs

Par Charles-Louis DETOURNAY 18 avril 2020 
Envie d'évasion suite à l'annulation de vos vacances de printemps ? Prenez une bouffée d'iode avec cette série réalisée par Fino & Desbois. Vous pourriez vous dire : « Pff, une adaptation de "L'épopée de la Sardine" ? Pas folichon ! » Et bien, c'est tout le contraire !
"Les Chasseurs d'écume" : une épique saga de pêcheurs
Serge Fino
Photo : DR.

Envie de changer d’air avec une saga aussi instructive que passionnante ? Ne cherchez plus, Les Chasseurs d’écume sont faits pour vous ! Surtout que l’intégralité des huit tomes qui composent cette saga sont également disponibles en numérique, entre autres via Kindle, voir ci-dessous.

D’ailleurs, les noms de leurs auteurs ne doivent pas vous être inconnus, car nous vous parlons régulièrement d’eux. Du scénariste François Debois, citons entre autres Le Talisman, Magus, Magda Ikklepotts, La Javanaise, Hero Academy et bien d’autres.

Quant au dessinateur Serge Fino, nous vous avions récemment fait le portrait de cet auteur éclectique, car le premier tome de son Seul au monde était l’un de nos coups de cœur de la rentrée 2019.

Sans oublier leur nouvelle série historique et bretonne que ces auteurs avaient lancé en commun en octobre dernier : L’Or des marées.

Les Chasseurs d’écume - T1 - pl 15
L’une des planches en vente chez [Comic Art Factory>https://www.comicartfactory.com/]

Leur association dure depuis plus de dix ans. Elle avait débuté avec le remarqué Quand souffle le vent des îles paru en 2010, adaptant le roman d’Anatole Le Braz. Cela faisait plusieurs années que le scénariste s’investissait dans des récits réalistes issus de sa Bretagne natale, tandis que pour le Toulonnais Serge Fino, ce one-shot était l’occasion de s’essayer à un registre à la fois historique et réaliste qui lui a tant et si bien réussi que les deux auteurs ont décidé de remettre le couvert en lançant une véritable saga, toujours chez Glénat : Les Chasseurs d’écume.

À l’origine de cette série, la lecture de L’Épopée de la sardine – Un siècle d’histoires de pêche. Une thématique apparemment assez pointue et sans doute peu engageante pour le grand public, mais que les auteurs sont parvenus à vulgariser avec réussite… Limite un peu trop !

Les Chasseurs d’écume - tome 3

Une épopée familiale

La série est également vendue sous la forme de deux coffrets

Les huit tomes se déroulent de 1901 à décembre 1978 et suivent une famille de pêcheurs et d’ouvrières de la mise en conserve de sardines dans la baie de Douardenez. Sur le schéma d’une grande saga historique, chaque tome se fixe plus ou moins sur une décade et décrit les événements marquants qui se sont déroulés dans ce grand port sardinier, par le truchement de ses personnages fictifs.

Le premier cycle de quatre tomes tourne autour des souvenirs de Jos Gloaguen, vieux représentant au comité interministériel de la sardine en 1960 [1], à un voisin de wagon qui s’est toujours demandé comment un si petit poisson pouvait susciter autant d’émois. Jos raconte alors comme il a embarqué pour la première fois en 1901, âgé de 12 ans. Comment il est tombé amoureux de la mer à peu près en même temps que de Denise, fille d’une famille ennemie. Comme leur existence était difficile, entre l’âpreté des sorties en mer, les caprices de la sardine et leur exploitation par les patrons des conserveries...

Un second cycle qui débute plus mollement
Les Chasseurs d’écume - tome 5
Le second coffret

Les tomes qui suivent vont mêler ces trois grands sujets : le bras de fer entre les conserveries, les ouvriers qui y travaillent et les pêcheurs qui leur livrent le produit de leur journée de labeur sans autre débouché ; les techniques de pêches qui s’améliorent progressivement et qui vont à l’encontre des traditions ; les amours et tensions vécues par cette population ainsi que les mouvements sociaux vécus ici comme aux divers coins de la France.

Fort de la réussite du premier cycle, les deux auteurs enquillent sur une seconde tétralogie qui suit directement la précédente, sans césure. Si Jos est toujours présent, son fils Fanch focalise maintenant l’attention : de ses premières sorties en mer qui donnent l’occasion d’un beau développement sur le transfert de connaissances entre générations, jusqu’à l’industrialisation de la pêche en passant par la Seconde Guerre mondiale. Sans oublier son épouse Marie, dont le caractère bien trempé retient l’attention du lecteur, car Les Chasseurs d’écume est également une saga portée par les femmes.

Notre héros est plongé dans La Seconde Guerre mondiale, ici en contact l’Or de France.
Les Chasseurs d’écume - tome 6

Passions et approximations

Certains comparent cette série avec celle des Maîtres de l’orge, la référence du genre réalisée par Jean Van Hamme et Francis Vallès. Il faut reconnaître que l’on retrouve le même plaisir de découvrir tous les éléments qui définissent une production, des techniques de pêches en passant par l’amélioration des bateaux, de la conserverie et des conflits sociaux qui se sont échelonnés au fil des ans. De même pour l’esprit de la saga familiale, où amours et trahisons apparaissent naturellement car l’ensemble de la baie ne semble régie que par un sentiment incontournable : la passion !

Les Chasseurs d’écume - tome 2

Une passion communicative au fur et à mesure que l’on tourne les pages des albums ! Les personnages sont bien cernés, suffisamment nombreux pour ne susciter aucune lassitude et représenter les différents développements rencontrés, sans pour autant les confondre. À ces péripéties se rajoutent des sorties en dehors de Douardenez, à Saint-Jean-de-Luz par exemple, mais aussi à Brest, à Mers-el-Kébir et à Paris, au fameux « comité interministériel de la Sardine », théâtre de belles empoignes.

Au travers de ce siècle d’Histoire et d’histoires, les auteurs passent en revue les grandes étapes de ce XXe siècle : l’industrialisation avec les impacts économiques et sociaux que l’on connaît, la répression policières, l’influence du bolchevisme et les grandes causes de la lutte ouvrière, les deux guerres, l’émancipation des femmes, jusqu’aux premiers signes de la mondialisation avec l’arrivée des sardines surgelées en provenance du Maroc.

Les Chasseurs d’écume - tome 4

Si l’entrelacs de ces différentes thématiques passionne sans coup férir dans la première tétralogie, il faut reconnaître que l’on ressent une baisse de régime dans le tome 5 de la série. Le passage de relais entre deux générations nécessite effectivement la mise en place de nouveaux personnages, et le scénariste s’autorise quelques facilités pour agrémenter l’album de quelques scènes d’action ou de suspense assez artificielles.

Le tome 6 ne reste heureusement pas dans le creux de la vague, car il évoque de façon passionnante, de même que les albums suivants, la période de l’Occupation et de la Résistance, avant d’évoquer la guerre de la bolinche (un filet de pêche) qui a suscité davantage d’affrontements à Douardenez que la guerre 1939-45 elle-même, si l’on en croit les auteurs. François Desbois n’hésite pas quelquefois à revenir en arrière dans le temps pour évoquer certains éléments singuliers du patrimoine breton et ajouter ainsi une atmosphère complémentaire au récit.

Si le sentiment qui perdure après la lecture des huit tomes est sans conteste celui d’une grande réussite, elle n’empêche pas les approximations qui émaillent le récit, voire des affirmations historiquement contestables comme lorsque les auteurs affirment les Allemands qui occupaient le port de Lorient ne se rendirent que fin septembre 1945, soit près de cinq mois après la fin du conflit !

Les Chasseurs d’écume - tome 7

Si les planches de Serge Fino sont aussi belles qu’évocatrices, le même niveau d’approximation réside dans son dessin. Alors que des auteurs comme Patrice Pellerin ou Jean-Yves Delitte soignent jusqu’au moindre détail les atmosphères maritimes de leurs planches (pour ne citer qu’eux), Serge Fino préfère une évocation plus diffuse, n’orientant pas toujours les voiles dans le sens du vent ou dans l’utilisation du filet de pêche. Sans parler du dessin des bateaux en eux-mêmes…

Cela dit, là où des experts maritimes ou des spécialistes de la Bretagne et de Douardenez pourraient pinailler, le commun des lecteurs qui cherche l’évasion glissera sans peine sur ces approximations pour se focaliser sur la découverte d’un pan méconnu de notre histoire. Rien que pour cela, Serge Fino et François Debois ont réussi le pari de nous émerveiller, de nous divertir, voire nous passionner, avec un sujet totalement inattendu. On remarque les très belles couleurs de Bruno Pradelle proposant au fil des albums un rendu plus réaliste au fur et à mesure que l’on se rapproche de notre époque.

Pour ceux qui voudraient respirer les embruns, trembler et s’émouvoir sans bouger de chez eux.

Les couleurs de Bruno Pradelle apportent une réelle valeur ajoutée à la saga
Les Chasseurs d’écume - tome 8

Par Charles-Louis DETOURNAY

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Code EAN :

Des Chasseurs d’Ecume par Desbois, Fino & Pradelle (Glénat), acheter :

Des mêmes auteurs, lire notre chronique de Quand Souffle le Vent des Îles, une précédente chronique des Chasseurs d’Ecume, la présentation de leur nouvelle série L’Or des marées avec l’exposition consacrée à Serge Fino.

Lire aussi la nouvelle série de Serge Fino, Seul au monde

[1] En réalité, la première planche indique que cette scène se déroule en 1950, ce qui est impossible car il n’y a pas encore de ministère de la pêche à l’époque. C’est pourquoi l’éditeur a corrigé le tir dans son résumé en indiquant que cette scène se déroule en juin 1960 à la place de juin 1950. C’est l’une des approximations historiques que nous évoquons.

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