Healing Touch est un album récent dans la bibliographie de Shiwasu no Okina car il est paru originellement en 2023 dans le catalogue de l’éditeur nippon Hit Publishing Company.
Dans un proche futur, une pandémie a frappé le Japon. Un mal mystérieux pour les lecteurs, mais qui semble sans pitié : le jeune Akira Kumogawa est ainsi affligé par la terrible maladie et apparaît à l’article de la mort, alité à l’hôpital dans un état critique.
Alors que les médecins eux-mêmes ont renoncé aux soins palliatifs en ce qui le concerne, Kumogawa reçoit la visite de l’équipe spéciale T du ministère K. Sa cheffe, la professeure Tomoko, lui demande s’il serait d’accord pour tester un nouveau protocole médical pour combattre la maladie et potentiellement guérir. Contre un unique souhait, Kumogawa accepte de devenir leur cobaye…
Quelques années plus tard, on retrouve Kumogawa à l’université. Le jeune homme n’a plus du tout le même look : grand, baraqué, les cheveux désormais blancs, son allure est désormais celle d’un beau gosse en puissance ! Ça tombe bien, car sa vie désormais ne se résume pas qu’à étudier…
Sous la direction de la professeure Tomoko, Kumogawa a une mission de la plus haute importance : il doit vacciner ou guérir ses camarades étudiants de la mystérieuse pandémie qui sévit toujours ! Du moins, ses camarades étudiantes… Et pourquoi pas ces messieurs ? Mystère pour les lecteurs...
Désormais, Kumogawa est un agent actif et publiquement reconnu contre la pandémie. Grâce à sa médicamentation passée et actuelle (contrôlée par la professeure Tomoko), le corps du jeune homme est capable de produire des fluides riches en anticorps, terriblement efficaces contre le virus. Sa sueur, sa salive et même son sperme ont la capacité maintes fois prouvée de vacciner ou même de guérir n’importe qui.
Cette relecture à peine équivoque d’une crise sanitaire mondiale ayant eu lieu en 2020 permet à Shiwasu no Okina de prouver une nouvelle fois ses multiples talents. On a ainsi particulièrement apprécié le sentiment de surprise constant pour les lecteurs qu’entretient l’artiste grâce à sa maîtrise du contexte. En effet, même pour les lecteurs les plus aguerris, il y a une surprise de tous les instants offerte par les différentes situations où doit intervenir Kumogawa.
Par exemple, il peut être appelé à intervenir durant les cours pour dépister ses camarades, et les soigner si besoin. Pour ne pas déranger le bon déroulé des études, les étudiants ont ordre de fixer le professeur quoiqu’il arrive, tandis que les étudiantes reçoivent les bons soins de Kumogawa. Difficile pour ces messieurs de rester concentrés en cours quand des bruits explicites parviennent du fond de la salle, alors que des camarades sont en train d’être soignées... La tension érotique de telles séquences témoigne de la maîtrise évidente de Shiwasu no Okina dans son art.
Ce que nous avons aussi apprécié dans cet album, et c’est là une autre marque de fabrique de l’artiste, c’est que son propos est bien plus fin qu’il n’y paraît. Ainsi, si Kumogawa est avide de sexe depuis le vœu qu’il a fait à l’article de la mort, ce n’est pas forcément le cas de ses camarades ou des femmes qu’il rencontre dans un cadre médical. Toutes ses patientes ne sont pas forcément amoureuses de lui ou ne souhaitent tout simplement pas coucher avec lui pour être guéries.
Dans un récit qui s’appuie sur une variation du genre du Harem, le propos est bienvenu car le sexe n’est ici jamais contraint. Kumogawa demandant toujours le consentement de ses patientes, et voit ainsi le personnage principal aller de déceptions en succès dans son parcours sentimental ; une trajectoire incertaine qui présente de manière évidente plus d’intérêt pour les lecteurs.
En ce qui concerne les propositions érotiques de Shiwasu no Okina dans cet album, on pourrait littéralement citer les paroles de la chanteuse Taylor Swift dans sa ballade Wildest Dreams (album 1989, 2014) : « Il est si grand et beau comme un dieu, il est un mauvais garçon mais il le fait si bien... ». Kumogawa ne fait jamais rien de répréhensible à ses patientes, mais ses talents sont appréciés dans des séquences diverses, qui peuvent aller de l’ébat avec une partenaire à une sexualité de groupe bien élargi.
Là encore, l’artiste nous surprend, et même nous épate, avec ses nouvelles manières de raconter ses séquences érotiques. Par exemple, l’album va à un moment donné prendre le parti de présenter deux ébats en écho : d’une case à l’autre ou d’une page à l’autre, on découvre progressivement les différences qui émergent dans chacune des situations, alors qu’elles avaient un point de départ commun. Est-ce que les mêmes causes ont les mêmes conséquences ? La réponse de Shiwasu no Okina risque de vous surprendre !
Dans les Hentai, on retrouve souvent des scènes de sexe forcé, sous l’influence de l’hypnose ou d’aphrodisiaque, mais j’ai voulu montrer le moment où l’emprise prend fin et où les personnages ont encore envie de sexe. C’est pourquoi ici, ils ont clairement envie de continuer après avoir fait l’amour par obligation. C’est là que le vrai sexe commence. Je trouvais ça intéressant.
Shiwasu no Okina, Healing Touch.
L’objectif énoncé par l’artiste dans ses notes (à retrouver sous la couverture souple de l’album) nous semble atteint. Grâce à une intrigue très bien menée, servie par un trait de haute volée (comme à son habitude, nous sommes admiratifs de la capacité de l’artiste à croquer de si nombreux et si différents personnages), Healing Touch se révèle être une lecture tout bonnement incontournable et une nouvelle excellente référence à mettre au crédit de Shiwasu no Okina.
Par NICKYL
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Healing Touch Par Shiwasu no Okina (scénario et dessins). Traduction de Mari. Seikô/Dynamite. Sortie le 3 juillet 2025. 288 pages. 14,50 Euros.