Couic ! – Comédie canine sans laisse ni tabou

Par Rémi BARNAULT Très bon 14 août 2025 
Couic, c’est peut-être bien l’ovni cinématographique de 2025. À première vue, ça pourrait sembler n’être qu’une nouvelle comédie animalière jeunesse comme celles qui ont bercé notre enfance. Que nenni !

Un pari osé pour Sony

Après le film norvégien Spermageddon, qui a fait parler de lui – notamment pour son décalage entre le style d’animation et son sujet – sort un nouveau film qui risque de faire couler de l’encre à profusion.

Distribué sur Netflix et produit par Sony Animation, le film d’animation canine Couic marque une grande première : le studio, connu pour ses œuvres jeunesse, signe ici sa première création pour adultes. L’animation, elle, est confiée à Renegade Animation, habitué des productions familiales… et à qui l’on doit, entre autres, un film Tom et Jerry. Au passage, comme dans le célèbre cartoon, on ne voit pas dans Couic le visage des humains, ou seulement par bribes – ce qui casse parfois l’effet, mais semble évoquer clairement un hommage. Place aux animaux !

L’un des atouts majeurs du film est de miser sur une belle animation 2D traditionnelle, toujours appréciable à une époque où la 3D moderne tend parfois à faire perdre un peu en charme. Cela ajoute aussi une touche de nostalgie, d’autant que le style rappelle des dessins animés Tex Averyesques. D’ailleurs, l’influence de l’œuvre de ce dernier est assumée par les studios et le réalisateur Genndy Tartakovsky. En revanche, bien que ce ne soit pas tellement gênant, on remarque que les décors sont assez figés.

Une animation type jeunesse qui, disons-le, dénote avec le ton, formant un sacré décalage. Plus que cela, Couic fracasse les codes établis. Mais imaginez un instant un film d’animation pour adulte reprenant les personnages de Scooby-Doo, par exemple. Bon, mauvais exemple : il y a bien la série dérivée intitulée Véra (en lien avec le personnage du même nom de la troupe de Scooby), produite par Warner Bros, qui est gore à souhait et casse la mécanique et l’innocence de l’univers de Scooby-Doo. Ça peut refroidir ; certains y verront même une forme de perversité d’utiliser des personnages créés à la base pour les enfants. Tout cela donne à réfléchir autant dans son fond que dans sa forme, ce qui n’est pas plus mal. Mais n’oublions pas que dans le cas sur lequel nous nous penchons aujourd’hui, à savoir le film Couic, il s’agit d’un univers original avec des personnages créés spécialement pour l’occasion.

L’histoire touchante de Bull qui voulait garder ses boules

Le héros, Bull, est un drôle de chien de deux ans – une vingtaine d’années en âge canin – limite accro à l’exploration sexuelle… mais encore vierge. Faute de partenaire canine, il s’est accoutumé à se frotter aux jambes de “grand-mère”, une humaine de sa famille adoptive.

Pour autant, il est amoureux de “Chérie”, une élégante lévrière et accessoirement son amie d’enfance. Mais les deux toutous ne jouent clairement pas dans la même catégorie. Entre eux règne une tension flirteuse, mais jamais consommée. Problème : Bull déteste cordialement Sterling, le lévrier frimeur et beau gosse, rival en amour qui tourne autour de Chérie.

Quand Bull apprend avec stupeur qu’il va être castré, il prend une décision radicale : fuir le foyer pour sauver ses bijoux de famille, goûter à la liberté et tenter une bonne fois pour toutes de séduire Chérie, qui s’apprête à participer à un prestigieux concours canin. Ce qui se joue, c’est une véritable histoire d’émancipation sur fond d’une série de gags plus ou moins salaces.

Un humour cru, mais pas gratuit

On pourrait croire que Bull profite de sa cavale pour sauter sur tout ce qui bouge – ce n’est pas le cas. Le film évite en grande partie l’instinct animal poussé à son extrême (agression sexuelle chez l’humain). Les dialogues, eux, se montrent crus, nous surprenent même quand on sait enfin à quoi s’attendre. Notre esprit peut être en quelque sorte “matrixé” par cette animation hautement cartoonesque. On peut oublier un instant la teneur du film. L’humour alterne entre situations coquasses, burlesques et un sens de l’ironie bien senti.

Le film assume des scènes explicites : balancements, voire mordillage de testicules et scènes de sexe animal explicite, sans jamais tomber dans le “porno” pur et dur. Ainsi, les organes des mâles sont montrés sans détour, mais ceux des femelles restent dissimulés. Peut-être pour ne pas montrer la cohorte dans son intégralité de façon trop explicite ? Mais il est vrai que, de toute façon, les parties féminines sont davantage cachées par la fourrure. La question reste ouverte. Le ton reste osé et résolument moderne, sans rentrer dans l’activisme.

Une satire déguisée ?

Sous ses airs de comédie délirante et salasse (ça le reste), Couic transpose en version animalière des pans entiers de notre société : la superficialité, l’industrie de la mode, l’exploitation, la liberté. Le film survole également des sujets tels que l’orientation sexuelle et l’amour de soi. Les clichés liés aux différentes races de chiens sont exploités pour nourrir le comique. On parle des chiens, mais les autres animaux aussi en prennent pour leur grade dans cette satire qui n’épargne pas grand monde, même les humains au final.

Vulgaire dans son vocabulaire, le film ne tombe toutefois pas dans des extrêmes comme le ferait une série comme South Park et garde une bonne part de sensibilité. Parfois, le film bascule de manière plus ou moins subtile : un soupçon de gore, une touche de masochisme… une tendresse. Une vraie montagne russe de surprises. On constate une observation du comportement animal aussi pointue que juste – et parodique, bien sûr.

En conclusion

Couic ne se prend jamais totalement au sérieux, mais offre une vraie expérience. C’est un ovni cinématographique aussi léger que complexe, tendre et torride. Bull et ses amis ne manquent pas d’humour, d’inspiration et d’imagination.

L’audace de la production et l’originalité dénotent, tout comme la prise de risque, avec nuance et profondeur. On peut dire que les studios en ont dans le slip ! Et pourtant, on part d’un scénario assez classique de comédie romantique.

Quelque part entre 40 ans, toujours puceau, American Pie et… La Belle et le Clochard, Couic est un ovni aujourd’hui mais n’oublions pas le comics – animalier aussi – underground des années 1960 de Robert Crumb : Fritz le chat. Par ailleurs adapté au cinéma à deux reprises.

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN :

Couic, classé -16 ans, est à retrouver sur la plateforme de streaming Netflix.

à partir de 16 ans
 
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