Si le nom de Toile de Jouy, ou celui de son créateur Christophe-Philippe Oberkampf sont inconnus du grand public, les motifs sont aujourd’hui très plébiscités dans la décoration intérieure. On ne compte plus les différentes marques et artistes qui se sont inspirés de la Toile de Jouy. Des grands créateurs de mode comme Christian Dior ont utilisé le motif à de multiples reprises dans leurs œuvres, et on retrouve même une inspiration Toile de Jouy sur les maillots de l’équipe de football française pour la saison 2022 !
Lorsque le musée de la Toile de Jouy, situé à Jouy-en-Josas (78), annonce son exposition « Bulles de Jouy : Quand la Toile de Jouy rencontre la bande dessinée », le parallèle est évident. Deux formes d’art visuels, centrés autour de personnages et d’histoires à lire dans un certain ordre, certains diraient que la Toile de Jouy EST une forme de bande dessinée. Dirigée par la commissaire d’exposition et artiste Audrey Sedano (à droite) et la chargée des collections du musée Camille Moreau, l’exposition se déroule dans une seule salle qui retrace les liens possibles entre Toile de Jouy et bande dessinée.
Créée dans les années 1760 par l’industriel allemand Christophe-Philippe Oberkampf, la Toile de Jouy se caractérise par les scènes très détaillées qui peuvent y être représentées. La seule condition est que le motif doit se répéter de manière harmonieuse sur l’ensemble du tissu, mais le motif en lui-même est en vérité très flexible. L’exposition montre par exemple une toile représentant le premier vol en montgolfière (1783), avec plusieurs scènes se succédant dans un ordre bien défini pour raconter l’histoire. Osez dire que ce n’est pas une forme de bande dessinée, avec des cases à lire dans un ordre précis !
L’exposition met également l’accent sur l’aspect multimédia des deux formes d’art. En effet, la Toile de Jouy est un art textile, qui s’adapte à n’importe quel tissu, qu’il soit vêtement, nappe, rideau, ou papier peint. Même chose pour la BD, dont les personnages s’invitent sur des vêtements. Les collaborations grandissantes entre dessinateurs et marques de luxe (Gucci x Jojo’s Bizarre Adventure, Hermès x Ugo Bienvenue…) donnent à la BD ses lettres de noblesse dans le monde de la mode. La notion de porter de l’art sur soi de cette façon est un point commun assez peu exploré dans les expos BD, et le musée de la Toile de Jouy a fait un excellent travail sur ce sujet.
Enfin, n’oublions pas le plus évident : les mentions de la Toile de Jouy dans les œuvres de bande dessinée. Le musée met évidemment en avant des ouvrages comme Louna et la chambre bleue (Magdalena Guirao-Jullien & Christine Davenier), dont l’histoire se déroule littéralement à l’intérieur d’une Toile de Jouy. Mais on trouve également des planches originales de l’autrice-illustratrice britannique Posy Simmonds (Tamara Drewe, Gemma Bovery, Cassandra Drake…) qui a utilisé la Toile de Jouy dans ses œuvres. L’influence de la Toile de Jouy outre-Manche est indéniable ! Encore une victoire sur nos voisins anglais !
Le musée de la Toile de Jouy dessine ainsi un parallèle intéressant entre ces motifs décoratifs du 18e siècle et les romans graphiques d’aujourd’hui. Si la Toile de Jouy n’est pas exactement de la bande dessinée, il est certain que les deux formes d’art s’inscrivent dans une volonté similaire de raconter par des images. Pour les intéressés, l’exposition est ouverte jusqu’au 11 janvier 2026. Attention cependant : le musée étant situé à Jouy-en-Josas, il faudra prévoir un temps de trajet non négligeable. Amenez vos amis conducteurs !
Par Akira OIKAWA
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