Au programme, un cahier thématique consacré à la très attendue suite de Moi ce que j’aime c’est les monstres. Pavé graphique de plusieurs centaines de pages plongeant au plus profond de la monstruosité - d’une chambre à gaz à la prostitution enfantine, de la mort donnée par un enfant avec l’arme de son père à un policier corrompu mettant un contrat sur la tête de ses enfants, de la guerre du Vietnam à la mafia… -, l’œuvre d’Emil Ferris dérange, fascine et interpelle, tant par son autrice que par sa singularité artistique. Karen, l’héroïne, se voit-t-elle comme un monstre (une louve-garou) du fait de son handicap, de son homosexualité ou encore de son inadéquation à la société ?
Nicolas Tellop nous présente la nouvelle collection de Dupuis, Aire noire, avec un premier album d’après Un petit coup de vinaigre de l’écrivain américain Richard Stark. Les quelques pages reproduites de Parker, la proie choisi comme titre de cette adaptation, annoncent une adaptation prometteuse.
Ce premier numéro de 2025 des Cahiers présente également un important dossier sur l’auteur des Derniers jours de Pompeo, Andrea Pazienza (« étoile filante dans la nuit de la bande dessinée européenne des années 80 » selon l’article de Vincent Bernière), décédé en 1988, probablement d’une surdose d’héroïne.
À ne pas manquer, dix pages sur Philippe Squarzoni, l’engagé, pour son nouvel album. Né de ses entretiens avec le philosophe Bruno Latour, Zone critique s’interroge sur comment faire de la politique et comment aborder les questions écologiques d’un monde en surchauffe.
Dans le cahier chronique, notons, coïncidence amusante, une page dédiée à Maïtena. La star argentine, quelque peu oubliée dans l’histoire de la BD comme bon nombre d’autrices, fait face à une publicité pour des BD dites érotiques.
Enfin, impossible de refermer la revue sans s’attarder sur l’entretien avec Stéphane Marchetti. Dupuis accueille dans son label Aire libre des récits adaptés des reportages ayant reçu le prix Albert Londres. La collection débute avec Henri de Turenne et la guerre de Corée. Comme le cite Manon Rolland dans son article, « la première victime d’une guerre c’est toujours la vérité. » (Kipling), avant d’ajouter, « Ça s’applique parfaitement à l’information aujourd’hui : c’est devenu un combat. »
Puisse cette nouvelle collection rappeler ce qu’est le journalisme, l’information et l’histoire et avoir de nombreux lecteurs et lectrices.
Par Christian GRANGE
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Les cahiers de la BD n°29, janvier – mars 2025 : Pourquoi Emil Ferris est-elle fascinante ? – Ed. Vagator - 162 pages – 13,90 €