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Les Couleurs de l’innocence est un recueil de 11 histoires courtes, chacune d’une vingtaine de pages, parues originellement en 2018 au Japon dans le catalogue de l’éditeur WaniMagazine. Comme nous avions pu vous l’évoquer encore récemment, le leader du marché nippon du Hentai se distingue généralement par ses recueils Vanilla aux atours consensuels. Pourtant, ce n’est pas la direction qu’a prise l’album que nous tenons ici...
En effet, la proposition de l’artiste Nagayori s’ouvre sur un sujet choquant qui préfigure les thèmes graves que l’on retrouve plus ou moins fréquemment dans cet album. En effet, la première histoire est celle d’un viol où l’agresseur retrouve cinq ans plus tard sa victime… et partage avec elle des sentiments amoureux réciproques ? On ressent que l’artiste a choisi un thème dur pour sortir son épingle du jeu, mais pour l’occasion, la mise en abyme de la situation nous a paru manquer de justesse et la justification douteuse de l’histoire nous a laissés sur le bord du chemin.
Par la suite, Nagoyori se révèle plus efficace avec des thèmes comme le harcèlement scolaire ou la phobie sociale. Toutefois, il y a une persistance certaine chez l’auteur à entretenir une attitude problématique avec de tels récits, ce qui pourrait rebuter une part non négligeable du lectorat.
À côté de ces récits durs s’épanouissent des histoires beaucoup plus légères. Le hic, c’est que ces histoires sont souvent peu consistantes et leur chute expéditive. Ce qui nous a ici le plus marqués, c’est l’occasion manquée d’une incursion vers le fantastique grâce à une succube qui apparaît dans deux chapitres successifs. Nous nous attendions à découvrir à l’occasion quelque chose qui sorte des sentiers battus, mais ce ne fut pas le cas car la magie ne sert ici finalement que de prétexte pour permettre à un étudiant de passer du bon temps et ce sans grande originalité.
La perte de la virginité est une autre thématique récurrente dans cet album. Cette démarche s’inscrit plus généralement dans une atmosphère résolument lubrique pour les ébats présentés, où les corps sont souvent dessinés comme détrempés. La finesse n’est guère le mot d’ordre ici.
À défaut d’histoires mémorables, ce trait plutôt séduisant a heureusement permis Nagayori, quelques années plus tard, de devenir le dessinateur d’une série plus grand public et mmoins problématique, à savoir Slow Life in another world (éditions Meian).
Par NICKYL
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Les Couleurs de l’innocence. Par Nagayori (scénario et dessins). Traduction de Jean-Baptiste Bondis. Hot Manga. Sortie le 14 juin 2024. 200 pages. 9,95 Euros.