Harem Spiral est un album paru originellement en 2019 dans le catalogue de l’éditeur nippon Core Magazine. L’ouvrage est particulièrement marqué par l’histoire éponyme, qui occupe littéralement les trois quarts de l’album avec six chapitres.
« Pendant ces deux dernières années [après la publication de Water Drop Girl NDLR], j’ai beaucoup réfléchi aux mangas érotiques. Je me suis dit qu’on pourrait les rendre encore plus amusants en inventant des histoires plus intéressantes et des scènes plus passionnées sans se soucier de la longueur de l’introduction ou du nombre de pages total (même si ça reste important). Ça donnerait des mangas super érotiques ! »
Yoshiyuki Uba, Harem Spiral.
Difficile d’écrire mieux que l’auteur lui-même à ce sujet : nous avions été convaincus par le style narratif de Yoshiyuki Uba dans son précédent album, Water Drop Girl, mais nous avons ressenti de sa part une véritable montée en puissance dans la maîtrise de son art avec l’album suivant. En s’affranchissant du canon du manga érotique d’une vingtaine de pages pour adopter le format plus rare d’une histoire longue, l’artiste a bien parié et met ainsi en valeur ses qualités.
Dans Harem Spiral, on découvre les traditions singulières de l’établissement Shinonome, où le camp d’été tient une place prépondérante dans la vie étudiante. Tout le monde est obligé de participer au voyage et même, ces messieurs ont l’obligation de participer en amont à un tirage au sort.
Le groupe A, composé initialement de six jeunes femmes, se verra ainsi adjoindre un camarade tiré au sort. Celui-ci devra satisfaire à tous les besoins de ses camarades au cours du camp d’été, comme porter leurs affaires ou leur préparer un feu de camp. Le sort a souhaité que ce soit Kobayashi, le héros de cette intrigue, qui s’y colle. Des camarades, femmes comme hommes, lui disent de faire attention : il paraîtrait que d’anciens élèves dans sa situation seraient revenus handicapés du camp d’été…
Durant le mois qui précède les vacances d’été, Kobayashi « perd sa liberté » : il doit répondre à tous les ordres intimés par ses camarades du groupe A. À sa grande surprise, ses camarades l’invitent, seules ou en groupe, à découvrir ensemble le plaisir charnel. Une situation idyllique s’il en est pour Kobayashi, qui ne s’attendait pas être aussi bien traité.
Progressivement, seul le plaisir des jeunes femmes du groupe A compte et Kobayashi semble peiner physiquement à suivre leurs lubies frénétiques. Subtilement, l’avancée de l’intrigue suggère même que de jeunes hommes intéressés peuvent eux aussi s’amuser avec le corps de Kobayashi, sans qu’il n’ait la force de refuser...
Ce glissement à pas feutrés de l’atmosphère de Harem Spiral vers quelque chose de plus sordide est une transition réussie et inattendue ; ce qui ne manquera d’ailleurs pas de questionner moralement les lecteurs. Cette tension dramatique captivante emploie néanmoins un thème clivant, celui du sexe contraint, qui pourra rebuter à priori une partie du lectorat.
On ne vous divulgâchera pas davantage Harem Spiral, un voyage estival bien tortueux qui mérite d’être vécu, avec à la clé une conclusion à la hauteur de l’excellente facture de cette histoire.
Comme on a pu le lire avec des maîtres du genre comme Akatsuki Myuuto ou Tachibana Omina, la réussite d’un Harem repose aussi sur la variété de ses personnages et la qualité de leur écriture : là aussi, Harem Spiral relève le défi haut la main avec des personnages attachants ou inquiétants, mais assurément surprenants lorsque l’on découvre leurs personnalités et la motivation de leurs choix.
Sur le plan érotique, Yoshiyuki Uba reste globalement sur des gammes observées avec son précédent album et qu’il maîtrise, comme la mise en valeur de la pratique de la sodomie lors des ébats ou l’emploi de jouets érotiques. Néanmoins, le genre du Harem le pousse à proposer régulièrement des scènes de sexualité de groupe, ces dernières étant ponctuées d’une pointe de saphisme.
Au cours de situations incongrues et exagérées au fil de Harem Spiral, l’artiste joue aussi de nouveau la carte de la surprise sur le plan érotique : dans le feu de l’action, il n’est pas rare que des pratiques de domination féminine (ou Femdom) alternent avec d’autres où ce sont les protagonistes féminins qui sont dominés, ce qui crée un sentiment de surprise constante pour les lecteurs.
Des informations et illustrations bonus concernant Harem Spiral sont à retrouver en dessous de la couverture souple de l’album. À nouveau, le très joli trait arrondi de l’artiste fait merveille et il conserve un malin plaisir à croquer des personnages féminins qui conservent tout ou en partie leurs habits, voire lingeries, dans le feu de l’action.
L’album est complété sur son dernier quart par trois histoires courtes et indépendantes. Elles sont relativement sympathiques à lire, mais en dessous en terme de qualité par rapport à Harem Spiral. Toutefois, il y a parmi ces trois récits une histoire qui tire particulièrement son épingle du jeu avec son atmosphère sombre. Intitulée La Mélodie des arbres sous les étoiles, c’est cette histoire qui a fait évoluer de manière décisive le style narratif de l’auteur, selon ses dires dans la postface, pour lui permettre plus tard de se lancer dans l’écriture de Harem Spiral.
L’éditeur Hot Manga a en tout cas réalisé une bonne pioche dans le catalogue de l’éditeur nippon Core Magazine en publiant ce printemps deux albums signés par Yoshiyuki Uba. Nous espérons désormais que l’éditeur ne s’arrête pas en si bon chemin en publiant d’autres œuvres de ce talentueux artiste, dont nous guetterons désormais la signature.
Par NICKYL
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Harem Spiral. Par Yoshiyuki Uba (scénario et dessins). Traduction de Valentine Seyteur & Martin Morel. Hot Manga. Sortie le 23 mai 2025. 224 pages. 9,95 Euros.