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Très bon
19 avril 2026
Beatrice Brothel recueille deux albums parus originellement en 2021 et 2022 sur le circuit indépendant au Japon. On y suit les déboires de Beatrice (à droite sur la couverture) : avec son petit frère, ils sont envoyés par leur noble père, criblé de dettes, chez la famille Kingsmaker ; des amis. En arrivant dans leur château, Beatrice et son frère découvrent qu’ils sont arrivés tout droit dans une maison close ! Celle-ci, très chic, est tenue par les Kingsmaker pour le bon plaisir de la noblesse ou des gens très fortunés. Le maître des lieux leur annonce même que le père de Beatrice l’a cédée à l’établissement comme paiement pour la protection de son petit frère, héritier de la famille !
Par amour fraternel, Beatrice accepte à contrecœur son sort : elle est désormais plongée dans un monde de luxure dont l’intérêt lui échappe. Devant la réaction spontanée de sa nouvelle recrue, Kingsmaker accepte toutefois de former Beatrice différemment des autres domestiques, car il lui impose une ceinture de chasteté pour que les clients ne l’importunent pas.
Dès les premières pages, on remarque que le trait élégant de Ohagi San est à la hauteur du thème central de l’album : jamais pris en défaut, l’artiste croque avec soin ses personnages, leurs tenues (ici, le fétiche lié à la tenue des domestiques est à son paroxysme) et le temple de la luxure qu’est la maison close de Kingsmaker bénéficie de décors très richement dessinés.
L’album est d’ailleurs tout en couleurs, sur papier glacé. Comme souvent chez l’artiste en pareille occasion, les couleurs sont désaturées pour faire particulièrement ressortir les couleurs chaudes liées aux parties intimes des personnages durant les ébats. Comme toujours, le résultat est très élégant à parcourir des yeux.
À sa lecture, nous avons trouvé cet album plus récréatif que porté sur la narration. Les séquences érotiques de chaque histoire occupent une très large partie de leur pagination. Pour autant, Ohagi San ne fait pas l’économie de contextualisations : l’album repose sur des jeux de rôle où les riches clients écrivent sur un papier ce qu’ils souhaitent des domestiques avant leurs ébats.
Nous avons été très surpris par la deuxième histoire et son ambiance malaisante ; une voie à laquelle Ohagi San ne nous avait pas habitués jusque-là. On y découvre ainsi un jeu de rôle autour du thème de l’inceste où la domestique met l’accent sur le fait que son client serait son père et sur la nature taboue de leur relation. Très rapidement, les fesses de la domestique sont couvertes d’hématomes car son client l’a cravachée, afin de punir le personnage qu’elle incarne… Un épisode sulfureux par son contenu, tant sur le plan thématique que sur celui de sa direction graphique.
La seconde moitié de l’album présente quant à elle un contenu érotique que l’on associe davantage au style de l’artiste. On y découvre un jeu de rôle organisé dans un hammam où le riche client est servi par une domestique qui le savonne (Charlotte, à gauche sur la couverture) et une autre qui incarne le personnage d’une noble dame de la très haute société (Dorothea, présente sur la quatrième de couverture).
Même si nous l’avons trouvé très bon, Beatrice Brothel est un album frustrant car son héroïne reste sur le banc de touche, toutes les histoires mettant en lumière d’autres domestiques plus expérimentées. D’un point de vue scénaristique, on se demande où veut en venir Ohagi San avec ses rares esquisses autour de Beatrice. On attend donc avec intérêt de lire la suite de ces aventures plus sulfureuses que d’ordinaire de la part de ce talentueux artiste.
Par NICKYL
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Beatrice Brothel. Par Ohagi San (scénario et dessins). Traduction de Romatik. Hot Manga. Sortie le 10 avril 2026. 108 pages. 18,95 Euros.