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Qu’est-ce que le Vanilla ? Dans l’univers des Hentai, il s’agit d’une catégorie regroupant les récits où se rencontrent un sentiment romantique prononcé, des ébats doux et des thèmes globalement consensuels. Comme la glace à la vanille dans votre restaurant fast food préféré, c’est bien rare de trouver la recette mauvaise… mais c’est aussi peu fréquent que cette saveur vous surprenne au fil du temps.
Love me tender est un recueil signé par l’artiste Fujimaru regroupant neuf histoires, souvent d’une vingtaine de pages chacune. Cette pagination n’est pas le fruit du hasard : l’album a été publié originellement en 2017 au Japon par l’éditeur WaniMagazine, le leader du marché nippon du Hentai dont les parutions reposent essentiellement sur ce format d’une histoire courte racontée sur une vingtaine de pages. On voit régulièrement ces dernières années des recueils Vanilla en provenance de cet éditeur nous parvenir en langue française, comme l’an dernier les albums Effrontées ou Half-Ripe Cherry de Utu.
La première chose qui saute aux yeux quand on commence à feuilleter cet album, c’est le très joli trait de l’artiste. La réputation de WaniMagazine de collaborer avec des dessinateurs de talent n’est ici pas usurpée, car Fujimaru nous offre davantage qu’un joli trait rond que l’on attend a priori de ce type de recueil. D’une case à une autre, le dessin de l’artiste peut être ainsi davantage texturé ou au contraire paraître plus éthéré, ce qui offre un dynamisme certain et réussi à l’ensemble.
L’album s’articule principalement autour d’un récit raconté sur une soixantaine de pages et intitulé Love/Life is a Battlefield. On y suit les déboires de Takumi, un Idol (artiste qui se produit dans différents champs comme la musique, la danse et le cinéma) à qui tout sourit et dont la carrière est promise à un bel avenir. Le hic, c’est qu’il pensait que la notoriété lui permettrait de faire tomber les femmes à ses pieds et qu’il perdrait ainsi rapidement sa virginité !
Sa manageuse, Sumire, craint que son protégé compromette sa carrière pour des considérations aussi futiles. Estimant qu’elle n’a rien à envier aux autres jeunes femmes de son âge, Sumire envoie des signaux de plus en plus évidents à Takumi pour qu’il fasse le premier pas vers elle et qu’il oublie ainsi dans ses bras sa crainte puérile. Takumi saura t-il interpréter les signaux envoyés par sa manageuse ?
Cette intrigue permet de saisir rapidement la place importante qu’offre Fujimaru aux sentiments : le jeu amoureux qui s’installe entre Sumire et Takumi est très agréable à suivre et ne manque pas de surprendre régulièrement les lecteurs. Les séquences érotiques, résolument luxurieuses dans cet album, ne sont pas qu’un prétexte pour offrir un contenu récréatif aux lecteurs, il y a pendant ces dernières une véritable
progression des sentiments des personnages et de leurs désirs ; ce qui est pleinement agréable à lire.
Cette intrigue permet enfin de constater que Fujimaru brille sur un point où on ne l’attendait pas : l’humour. Celui-ci peut se retrouver au gré des intervention des différents personnages, mais c’est surtout l’humour graphique dont fait preuve l’auteur qui surprend et remporte l’adhésion. Les personnages ont ainsi souvent des réactions et des gestes baroques, ce qui implique un dessin différent pour souligner la soudaineté et l’excentricité de celles-ci. Par exemple, il n’est pas rare que les personnages soient dessinés dans un style suranné évoquant l’époque d’Osamu Tezuka pour souligner le caractère décalé de telles scènes.
« Décalé », c’est assurément l’adjectif qui pourrait qualifier la plupart des surprenants récits que nous propose la seconde moitié de l’album. Cet effet de surprise fréquent, même pour les lecteurs les plus aguerris, est clairement appréciable et maintient l’intérêt au fil de la lecture. On a ainsi retenu l’exemple du récit consacré à un grizzly dont les hommes ont une peur bleue d’eux car l’animal les avale puis les recrache après avoir consommé leur énergie vitale. On peut se demander avec un tel postulat ce que prévoit Fujimaru dans le cadre d’un Hentai, mais force est de constater à l’issue de cette histoire que l’artiste s’en sort ici très bien tout en sortant de la sorte des sentiers battus.
Par NICKYL
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Love me tender. Par Fujimaru (scénario et dessins). Traduction de Jean-Baptiste Bondis. Hot Manga. Sortie le 14 juin 2024. 208 pages. 9,95 Euros.