Secret Wife est un album signé en 2020 par l’artiste Syuuen. Il a été publié originellement par l’éditeur japonais Bunendo. On voit plus ou moins régulièrement arriver ces dernières années de très belles surprises en provenance de cet éditeur nippon, comme par exemple les albums Ne te retourne pas (Hot Manga) ou Fanaticism (NihoNiba).
Paru quelques années après Blue Desire et sa thématique principale centrée sur les relations incestueuses, Secret Wife change de registre et nous raconte cinq histoires liées au NTR : dans l’industrie du Hentai, cet acronyme désigne le terme japonais Netorare qui fait référence aux récits d’adultères.
L’album tient son titre de l’histoire principale de l’album, racontée sur une bonne centaine de pages. Dans ce récit, on suit les déboires de Miyuki, une femme qui a contracté une forte dette auprès d’un créancier douteux pour permettre à ses parents d’ouvrir un restaurant. Malheureusement, notre héroïne a du mal à joindre les deux bouts et ne parvient pas à rembourser son emprunt, encore moins les intérêts associés.
Sachant que le mari de Miyuki n’est pas au courant de cette transaction et que sa victime a honte de la situation, le créancier propose un marché improbable pour être remboursé : il propose à Miyuki de tourner dans un film pornographique afin que son cachet couvre ses dettes.
La sombre voie du NTR s’ouvre alors devant les lecteurs : réticente et inquiète, Miyuki accepte ce marché et espère que ce sera bientôt un lointain souvenir. Mais, Hentai oblige, l’héroïne risque de se prendre davantage au jeu que prévu…
Cette histoire symbolise en tout cas notre avis global sur cet album : le très joli trait de Syuuen et l’atmosphère luxurieuse réussie qu’il instille dans ses séquences érotiques ne parviennent pas à cacher un scénario brut de décoffrage qui peine à maintenir l’attention des lecteurs.
Choisir pour cadre l’univers du cinéma pornographique japonais pouvait être intéressant sur le papier, mais l’auteur a décidé de ne pas creuser outre mesure ce thème et on se retrouve donc à voir s’enchaîner au fil des chapitres des séquences érotiques qui s’inspirent de manière basique des sujets les plus populaires dans les vidéos pour adultes au Japon (par exemple, filmer les ébats d’une femme mariée en compagnie d’acteurs professionnels dans le foyer de cette dernière).
Le personnage de Miyuki symbolise aussi l’écriture peu fine des personnages féminins de Syuuen : il faut généralement que quelques pages pour que l’héroïne, quel que soit son état d’esprit, succombe au plaisir des ébats et s’y perde corps et âme. Il s’agit là aussi d’une facette qui ne relève pas notre appréciation globale de l’album.
Les récits complétant cet album sur sa seconde moitié vont généralement dans la même direction et ont aussi pour thème principal le NTR. Parfois, on a une bonne surprise comme avec un récit loufoque où des conseillères aident des étudiants à propos de leurs tracas sexuels, mais on retrouve le plus souvent des situations peu fines comme par exemple un chantage absurde au rançongiciel [1] en entreprise ou bien un chantage bancal d’anciennes victimes envers une ex-délinquante juvénile qui les tourmentait.
Secret Wife est un album qui confirme notre pensée inspirée quelques années plus tôt par Blue Desire : le trait de Syuuen est très joli, mais ses récits sont bien souvent quelconques et manquent du talent nécessaire pour accrocher les lecteurs sur la durée. Récréatif sans être véritablement accrocheur, les lecteurs pourront sans trop de regrets porter leur regard sur d’autres albums sortis récemment.
Par NICKYL
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Secret Wife. Par Syuuen (scénario et dessins). Traduction d’Amandine Martel. Hot Manga. Sortie le 16 mai 2024. 196 pages. 9,95 Euros.
[1] « Un rançongiciel, logiciel rançonneur, logiciel de rançon ou logiciel d’extorsion, est un logiciel malveillant qui prend en otage des données personnelles. » (Wikipédia)