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BLEUS AU COEUR. Alors que vient tout juste de sortir le 68e album de la mythique série Les Tuniques Bleues, voilà que le grand, l’immense dessinateur Willy Lambil, fier et vaillant porte-drapeau de la toute aussi mythique école de Marcinelle où l’on compte des créateurs de la trempe de Peyo, de Will, de Franquin, de Roba, Jijé, Morris... qui ont su illuminer les pages du journal de Spirou, a du vague à l’âme. Et on peut le comprendre.
Willy Lambil, 88 ans, toujours accroché à son crayon et à sa plume, pour être encore capable de nous sortir un album des Tuniques Bleues par an, excusez m’sieur dames, a déjà dessiné 42 pages sur 44 du prochain album à paraître, le 69 prévu pour 2025, dont le titre est "Lincoln dans la Ligne de Mire". Pourtant il vient de se casser une côte...
Oui mais voilà, quelques esprits chagrins, qui ont apparemment de plus en plus d’attentions dans le monde de la BD, dont un qui s’exprime dans un journal du Nord de la France, ont piqué au vif le légitiment blessé dessinateur de Blutch et Chesterfield.
Que l’expérience et le poids des ans n’ont apparemment pas vacciné contre ce genre de piques inconséquences. Ben oui, Lambil a 88 ans, et pour le moins de beaux restes, cependant.
C’est au journal belge L’Avenir que cette grande figure de la BD franco-belge, non, Belgo-Française disons-le en la circonstance, a confié ses doutes et blessures - au passage, il donne encore une petite leçon de composition et de narration.
Mais alors, Lambil va-t-il dessiner cet album 70 dont le scénario est déjà prêt ? Concocté par les scénaristes Kris ou Fred Neidhardt (quatre sujets proposés) au choix et à la discrétion du dessinateur.
D’accord, Lambil est un peu coutumier de ce genre de coup d’état d’âme, il est sensible, mais on espère que là c’est son avatar de papier, l’inénarrable et neurasthénique anti-héros dessiné, le Pauvre Lampil, qui parle. On l’espère et plus que tout on le souhaite. Même si à terme Willy Lambil prévoit de vendre ses parts de la série à l’éditeur, pour que quelqu’un d’autre en dessine les aventures pour la perpétuer.
« Je crois que c’est la fin dit-il au journal, Dans une critique -ce n’est même pas signé, on ne signe pas des trucs comme ça, on dit que je dessine mal. Je pense que je suis foutu. Moi, je n’ai rien vu, rien senti, mais si on le dit !... »
Foutu ? Alors... Bien sûr le dessin est moins énergique, mais il l’était tellement. Il y a bien quelques proportions qui s’échappent, des regards moins posés. La plume qui gratte le papier devient plus capricieuse et récalcitrante, pour une main qui approche les neufs décennies... Mais pour le reste, chapeau, quelles leçons ! D’abord de lisibilité, impeccable. De composition donc, exemplaire là aussi. De narration BD, surtout, imparable et typique. Lambil, talent qui s’ignore, est un « théâtreux » : personnages posés le plus souvent en bas des cases- de l’école de Peyo. Un modèle de simplicité au service de la compréhension du récit, savamment orchestrée, sans trop d’effets de caméra abrupte et d’angles de vue. Un maître.
Allez, Willy, courage et détermination, tant pis pour les esprits chagrins ! Vous dessinez et racontez en images encore beaucoup trop bien, pour (sourire) avoir ce fameux Grand Prix mille fois mérité de la ville d’Angoulême ou, y avoir le moindre prix. Si ça c’est pas de la consécration !
PA
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