Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Glénat Québec n’est pas une simple extension de notre Glénat national, mais bien une entité indépendante ! Basée à Montréal depuis 2007, elle s’est imposée comme un acteur clé de l’édition québécoise, avec une ligne éditoriale qui reflète les sensibilités et la richesse de la culture locale. Sous la direction de Christian Chevrier, elle met en lumière des talents locaux tout en séduisant un public français de plus en plus curieux des particularités québécoises. Le fondateur nous explique tout.
"Cette couleur québécoise, elle est aimée par les Français." Voilà une très belle déclaration que nous fait Christian Chevrier (en photo), éditeur en chef de Glénat Québec et de Hachette Canada. Depuis 2007, il dirige Glénat Québec, fruit de la passion de Jacques Glénat pour le Québec. Avec presque 150 titres publiés à ce jour, la maison s’est clairement imposée comme un acteur majeur du paysage littéraire québécois.
Glénat Québec et Glénat France, c’est les mêmes ?
Attention, question piège ! Bien que portant le même nom, Glénat Québec et Glénat France sont en effet deux entités distinctes. La décision d’utiliser le nom Glénat vient de la création de l’entreprise, où selon Christian Chevrier, "c’est plus facile d’appeler une maison d’édition Glénat Québec que Christian Chevrier BD.". Mais ce n’est pas Glénat France qui dicte les décisions de son partenaire québécois. La ligne éditoriale de Glénat Québec est définie par ses propres éditeurs, avec un objectif clair : faire écho à leur vision et à leurs sensibilités. Certaines œuvres sont même choisies car elles abordent des thèmes qui sont particulièrement proches des éditeurs : "J’ai fait éditer quelques titres qui me plaisaient, qui venaient me chercher dans mon histoire, ma jeunesse. C’est ça, Glénat Québec." déclare Christian Chevrier en prenant pour exemple l’un de leurs derniers titres, La Malédiction des Bernier.
Cependant, Glénat Québec et Glénat France ne sont pas que des voisins de palier. La maison québécoise cherche en effet à propulser ses talents sur le marché français, qui possède un potentiel bien plus grand qu’au Québec. C’est donc par l’intermédiaire de Glénat France que cet échange se fait. Le but, et le challenge, est alors de chercher des auteurs capables de se développer à la fois en France et au Québec. Mais quand ça marche, la réaction de Christian Chevrier dit tout : "On peut dire "notre titre a traversé l’Atlantique", on est fiers. Et qu’il s’est vendu, on est encore plus fiers. Et si notre auteur est là-bas à Angoulême, on est très très fiers !"
À l’inverse, Glénat France poursuit sa volonté de s’implanter au Québec. Les deux maisons partagent en effet des intérêts communs : faire rayonner les auteurs francophones, partout dans le monde. Marion Glénat, fille du fondateur Jacques Glénat et dirigeante actuelle du groupe, poursuit la passion du Québec de son père. Elle désire développer ce marché, en assurant par exemple la présence d’auteurs et artistes français aux salons du livres québécois. Il y a clairement une volonté de démarquer la maison des autres importateurs, et de montrer que Glénat "ne fait pas que débarquer des livres par bateau au Québec, mais tient à développer ses auteurs et considère que le marché ici vaut la peine."
Et il donne quoi, le marché québécois ?
Si la bande dessinée franco-belge traditionnelle connaît aujourd’hui une certaine stagnation au Québec, le roman graphique, avec ses nouvelles approches visuelles et narratives, gagne en popularité. Christian Chevrier se réjouit de voir des œuvres graphiques différentes trouver leur public, témoignant d’un engouement pour des formats audacieux et innovants. L’éditeur semble même un peu surpris lui-même, car "ça nous permet de vendre des BD qui en France se vendent déjà 20-25 euros. Avec le taux de change, on doit vendre ça à presque 40 dollars, mais malgré ça, cet engouement pour le format graphique trouve sa clientèle." Une recherche de variété dans les formats, voilà ce qui plaît aux Québécois !
Côté manga, le Québec n’a pas encore de grand mangaka local (bien que ça ne saurait tarder, voir notre chronique sur Isekai Touch !) mais le public est clairement friand du genre ! Aussi, c’est surtout la production française de Glénat France qui est vendue, par l’intermédiaire d’Hachette Canada. Les étagères du stand sont en effet couvertes des grands classiques : One Piece, Berserk, Tokyo Ghoul...
Une maison québécoise jusqu’au bout
Comme dit plus haut, la maison aime explorer des thématiques profondément enracinées dans la culture québécoise. Cela se voit notamment parmi les nouveautés BD, où on trouve par exemple La malédiction des Bernier, une histoire de marins spécialisés dans le cabotage dans la région de Gaspésie entre les années 1880 et 1930. En effet, la région située au nord-est du Québec ne sera reliée par la route que dans les années 1950 ! L’œuvre est particulièrement chère à Christian Chevrier, lui-même originaire de Gaspésie, et dont le fleuve est un symbole très personnel. Citons également Vinland : avant le nouveau monde, BD qui retrace les premières incursions des peuples Vikings dans le fleuve Saint-Laurent. En effet, des ruines Vikings ont été retrouvées sur l’île de Terre-Neuve-et-Labrador, et les rumeurs veulent que des drakkars aient navigué jusqu’en Gaspésie... si les archéologues futurs venaient à confirmer ces découvertes, nul doute que l’histoire locale n’en serait qu’enrichie.
Détail intéressant, la maison Glénat se refuse à adapter la langue québécoise de ses œuvres pour le marché français. Pas d’astérisques ou de lexiques, la maison veut préserver « la couleur » du langage québécois. Christian Chevrier explique que les temps ont changé, et là où les Français s’intéressaient peu au Québec il y a encore de ça vingt ans, ce sont aujourd’hui plus de 250 000 touristes français qui viennent au Québec chaque année, et nombre d’entre eux sont désormais familiers avec les expressions locales. De plus, "l’image vaut mille mots. S’il y a un mot qui pose problème dans le vocabulaire, c’est une BD. L’image est là." Très bien dit, Monsieur Chevrier !
AO
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.