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Chadia Chaïbi Loueslati, récompensée en 2025 dans le cadre du festival bd BOUM, était l’invitée de la maison de la BD, le 10 mars 2026 à Blois, dans le cadre de la semaine « Elles », événement culturel qui prolonge la journée internationale des Droits des femmes. L’édition 2026 de cet événement annuel organisé par la municipalité avait pour thème « Femmes résistantes, femmes résilientes ».
Devant une salle comble, l’autrice, très sympathique, nous met tout de suite à l’aise : elle a la parole et l’humour facile, le récit agréable. Il émane d’elle une belle joie de vivre, à rebours de son passé. Elle a en effet vécu une enfance difficile, marquée par une éducation stricte, oppressive.
Restée malgré tout attachée à ses parents, elle a souhaité transmettre leur histoire à ses enfants, afin qu’ils sachent d’où ils viennent.
Une trilogie est née de cette envie – chaque album pouvant se lire indépendamment : « famille nombreuse », « nos vacances au bled » et « Liberté, égalité, s’émanciper ».
Ce dernier roman graphique, qui est le plus autobiographique, a reçu le prix des lycéennes et des lycéens de la BD à portée citoyenne de la Région Centre - Val de Loire.
Sixième de onze enfants, Chadia raconte comment elle a été contrainte aux tâches ménagères avec ses sœurs, contrairement à ses frères (« ou alors dans un monde parallèle, peut-être ! »). Eux sont complimentés et valorisés, pas elles. L’agression d’une adolescente du quartier conduira les parents à interdire les sorties et augmenter les surveillances. Et lorsque leur établissement laisse l’autrice et ses amies franchir l’enceinte du lycée à la pause, la mère en appelle directement à l’inspecteur académique.
« La présentation du carnet de correspondance pour pouvoir sortir ? C’est ma mère ! ». L’emploi du temps doit aussi être certifié conforme... Durant les vacances, les filles sont cloîtrées tout l’été dans l’appartement familial. Le pigeon devient une distraction, mais il faut même se tenir à distance des fenêtres !
Paradoxalement, la mère de Chadia lui a aussi appris à être une femme forte et ne pas se taire. Et quand, à la contrainte déjà insupportable, s’ajoute la peur d’une punition violente, l’idée de fuir fait son chemin...
La bibliothèque étant le seul échappatoire, l’autrice a développé un rapport fort au français et à la lecture. Elle a commencé à écrire à onze ans, monnayant même des fiches de lecture pour sa classe. Reiser, mais surtout Gotlib, sont devenus des références importantes pour elle. Mais hors de question de faire Beaux-Arts, où les hommes posent nus ! L’autrice s’est vue imposer des études en droit, avant de prendre son indépendance et de réaliser une belle diversité d’ouvrages à partir d’idées souvent originales, de l’addiction au tabac (« Fumée ») à une biographie de Surya Bonaly en passant par des livres jeunesse. Autodidacte, elle s’est perfectionnée à la tablette graphique avec l’aide de son compagnon, qui a suivi une formation à l’école des Gobelins.
Au fil de l’interview, Chadia exprime des évidences, qui méritent néanmoins d’être rappelées à l’occasion de la journée des droits des femmes : « Pas besoin d’une bague au doigt pour être une femme accomplie ! » « L’équilibre des charges dans un couple, ça marche très bien ! » Et surtout, elle porte un message fort : il faut en finir avec l’éducation dissociée de la femme et de l’homme et mettre les filles sur un pied d’égalité avec les garçons.
Chadia incarne une voix puissante, c’est un témoin important de la résilience possible pour ne pas reproduire les dysfonctionnements d’un système et se reconstruire. Elle a su transmettre une autre voie à ses propres filles, et réaliser son rêve de s’épanouir dans le neuvième art, pour notre grand plaisir.
MF
Photos : Mélanie FRIEDEL
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