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FANFICTION POUR FAN DE FICTION... IMPRIMÉE ! On se rappelle de l’histoire, toute une histoire, presque une épopée à sa manière. Avec aux manettes un créateur mythique du monde des comics, John Byrne, un personnage à sa manière aussi. Caractériel, controversé, esprit débordant, imagination en conséquence, conscience avisée et fin observateur du milieu, rationnel, généreux, opiniâtre, neurasthénique, egotique... Mais plus que tout un immense professionnel. Oui, d’accord, mais alors quoi ?
On se souvient de l’histoire disions-nous : John byrne, ex-star numéro un de la bande dessinée américaine avait perdu le goût de faire de la BD. Déprimé, presque en hermite, heureusement entouré de ses collections dans une belle et grande maison. Déprimé quand même, il ne dessinait presque plus.
Mais voilà, au détour d’une conversation anodine avec des fans sur son forum en 2018, l’étincelle était revenue. Un premier dessin, comme ça, avec les X-Men, série qui a fait de lui le dessinateur le plus incontournable des comics dans les années 80. De là, aussitôt, une démangeaison, qui gratte, qui gratte...
Une page, puis deux, puis trois... Au final tout un épisode. Ça gratouille de plus belle, des bulles avec des textes se posent.
Houla un deuxième épisode, comme ça pour le plaisir et sans autre objectif. Où cette démangeaison va-t-elle nous mener ?
Fanfiction.
C’est qu’il s’agit là d’une fanfiction. Mais réalisée ici par un professionnel, qui a laissé auparavant sur la série et ces personnages précis une empreinte indélébile. Avec des arcs narratifs reconnus comme majeurs. C’est d’ailleurs sur cette base que cette fiction à la continuité nouvelle va prendre son essor.
Publication.
Un temps une publication par l’éditeur Marvel Comics est envisagée, il faut dire que la nouvelle de cette suite a créé l’effervescence. Il y a sûrement quelques poignées de dollars à ramasser.
Puis plus de nouvelles. Byrne s’irrite, il fronce une fois de plus les sourcils en direction de Marvel, éditeur à qui il a pourtant fait vendre quelques millions de comics.
Il faut dire que 190 pages sont dessinées, sous le titre générique de X-Men : Elsewhen. Une histoire qui débute juste après l’arc narratif majeur de la mythologie des X-Men, The Dark Phoenix Saga. Byrne part dès lors du postulat que Jean Grey n’est pas morte. Mort de l’héroïne corrompue par la puissance du Phénix, véritable traumatisme à l’époque, fin des années 70.
Finalement peu importe les atermoiements de Marvel, Byrne continue de gratter sa démangeaison et continue de dessiner, d’imaginer, et décide même de publier gratuitement son histoire sur son site Internet, à raison d’une page par jour. C’est d’ailleurs ce qui était prévu au départ.
Les fans jubilent. Certains s’en impriment même des versions papiers, pour le plaisir. On le devine d’autres essaient lamentablement d’en tirer un profit.
Globalement et curieusement Marvel laisse faire.
Cataracte et c’est la chute... Sans la chute !
Ainsi, 32 numéros sont dessinés avec enthousiasme jusqu’en 2022, avant que John Byrne ne soit obligé de se faire opérer de la cataracte. Après, promis, on repart pour un tour, la tête pleine d’idées et le crayon qui démange toujours autant.
Gouffre.
Badaboum, grosse remise en question soudaine pour l’artiste, tourmenté chronique, à la relecture des pages précédentes avant de s’y remettre. Il détecte quelques incohérences dit-il, pour lui un abyme, un puit sans fond.
De là on plie les gaules, on ne connaîtra pas la fin de l’histoire, bonsoir m’sieurs-dames, plus de nouvelles. Byrne ferme même son site Internet.
Les fans restent sur les fesses. Ouille.
Cependant.
Mais haut les cœurs à présent, puisque nous y voilà, enfin, les fesses des fans vont aller beaucoup mieux. C’est que, prévu pour avril 2026, l’ensemble des numéros de X-Men : Elsewhen vont être publiés en version papier, en trois beaux recueils, dûment estampillés Marvel Comics.
Marvel en association avec les éditions Abrams ComicArts, dans leur collection Marvel Arts. Des projets particuliers destinés le plus souvent aux librairies, liés aux personnages de l’éditeur de Spider-Man qui pour le coup concède ses licences.
Primesautier Joseph Montagne, éditeur d’Abrams ComicArts déclame à l’occasion : « Ce projet est véritablement unique en son genre. Il offre l’opportunité de revisiter l’une des sagas les plus emblématiques de l’histoire des comics, racontée par le co-créateur original. La passion de Byrne pour ces personnages transparaît à chaque page. Nous sommes fiers de proposer cette histoire tant attendue aux lecteurs grâce à notre collection Marvel Arts et d’ajouter un projet aussi important à la collaboration Abrams-Marvel. »
En ligne, X-Men : Elsewhen était publié à l’état de crayonnés, c’était pensé comme ça. Mais ici, en version imprimée les dessins seront encrés. En grande partie par John Byrne. Mais ce dernier se fera aider sur des pages par un fan, Paul Wills, qui sur le site web du maître s’était essayé à l’exercice. Plus quelques planches ici ou là encrées par des professionnels qui s’y sont essayés aussi. Tandis que la mise en couleur sera assurée par Lovern Kindzierski et Leonard O’Grady, le lettrage par Patrick Brosseau.
Le responsable éditorial et ami de longue date de Byrne, Chris Ryall -ancien président des éditions IDW Publishing pour qui Byrne a principalement travaillé ces dernières années, et co-fondateur du label Syzygy chez Image Comics- supervisera l’ensemble.
Le premier volume des X-Men : Elsewhen est prévu pour avril 2026, les deux suivants pour l’automne 2026 et le printemps 2027. Chaque volume sera publié en format relié 19 x 28 cm et contiendra plus de 200 pages d’histoire et d’illustrations, ainsi que des bonus. On peut s’attendre à une traduction rapide sous nos cieux franco-belges.
Homme sweet homme.
John byrne intransigeant et caractériel avait quitté Marvel comics avec perte et fracas il y à 25 ans, alors qu’il dessinait une période cachée de l’histoire des X-Men. Avec la même humeur, il avait quitté la série de ces mêmes personnages en 1980, celle qui précède narrativement X-Men : Elsewhen. Puis, déjà, il y a 45 ans, Marvel pour DC Comics au milieu des années 80, avec toujours la même rage de mordre. DC encore, dont il se sépare avec une fois de plus la même exaspération... Retour chez Marvel, quelque-part sa maison de coeur, éditeur avec qui il avait pourtant juré il y a ces fameux 25 ans, qu’il ne travaillerait plus jamais. Promis craché.
Ce qui ne l’aura pas empêché à l’annonce officielle de cette édition de déclarer, tout guilleret et pour une fois concis : « Qui a dit qu’on ne peut jamais retourner chez soi. C’est faux. ».
Si John byrne l’incontournable et intransigeant le dit, on veut bien le croire.
PA
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