Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Actualité

L’auteur de BD Michel Kichka sur la situation en Israël : « Il n’y a rien de vraiment construit pour l’après… »

24 octobre 2025 Commenter
Dargaud ✏️ Michel Kichka 🛒 Acheter

TRAGÉDIE. Eh bien oui, la BD n’est pas hors du monde. Il nous est arrivé de parler de la BD en Ukraine, on peut aussi parler d’Israël et de Gaza, alors que les premiers otages ont été libérés. C’est le propre de notre époque : entre effet de loupe et flux continu d’informations, l’actualité surfe sur les émotions, un fait est contredit par un autre dans un brouhaha digne de la Tour de Babel. Voici une semaine que l’échange d’otages a eu lieu entre Israël et le Hamas et la situation reste confuse. Nous avons passé un coup de fil au chef de file de la bande dessinée israélienne, partisan de longue date de la solution à deux états et du mouvement La Paix maintenant. Une voix qui n’est plus très audible en Israël de nos jours, alors que la région du Moyen-Orient se recompose dans le fracas des bombes.

Maintenant que l’on va vers une libération des otages, est-ce qu’il y a une espèce de lumière au bout du tunnel ?

Il faut regarder les choses avec réalisme. D’abord, pas tous les otages vivants ni les corps morts n’ont été rendus. Au bout de deux ans, cela demande du travail d’identification. Pour une majorité de la population d’Israël, celle qui était pour la libération des otages en priorité, ce serait la fin de la guerre. C’est l’opinion de 80% de la population dans les sondages. C’est énorme, c’est toute la population, pour ainsi dire. D’où ce grand soulagement pour les familles concernées. C’est un retour à la vie. Ce sont des gens qui, pendant deux ans, n’ont pas dormi la nuit, n’ont pas vécu normalement. Donc il y a tout un travail de reconstruction à faire.

Mais il y a eu des choses étranges lors du discours de Trump à la Knesset, qui était un moment historique : n’étaient invités, alors que le protocole de l’État l’oblige, ni le juge de la Cour suprême, ni la conseillère juridique du gouvernement. En fait, ça veut dire que le projet de réforme de la justice, cette soi-disant réforme de la justice, qui a été entamée il y a trois ans par Netanyahou, continue.

Je ne minimalise pas le fait que c’est grâce à lui que les otages auraient été libérés. Mais il n’y a rien de vraiment construit pour l’après, dans la mesure où la fin de la guerre, le gouvernement Netanyahou ne la souhaitait pas, parce que ce qu’il voulait, c’était éradiquer le Hamas, et ça c’était impossible. Et ça, on le savait. On savait, dans la société israélienne, que les deux buts de la guerre annoncée il y a deux ans, qui étaient éradiquer le Hamas et de libérer les otages, étaient incompatibles, c’était l’un ou l’autre. Alors maintenant, on a l’un, on a les otages, presque tous. Mais Israël n’a pas fait en sorte qu’il y ait une alternative à l’après, parce que le gouvernement de Netanyahou ne voulait pas qu’il y ait d’après. Après, ils voulaient que Gaza ce soit un désert. La conséquence aujourd’hui, c’est que l’extrême droite et Netanyahou remontent dans les sondages. Si l’on devait refaire maintenant des élections anticipées, il serait réélu. Or, nous, on a besoin de forces pour nous reconstruire.

Et se reconstruire, cela ne peut se faire à deux conditions, à mon sens. La première, c’est qu’il y ait une commission d’enquête d’État non gouvernementale. Le gouvernement ne peut pas nommer. On a la responsabilité de faire en sorte qu’une situation telle qu’elle a été le 7 octobre ne se répète pas. Il y a eu une commission d’enquête après la guerre de Kippour à la suite de quoi Golda Meir a démissionné. Mais en refusant que cette commission d’enquête soit faite depuis déjà deux ans, en refusant qu’elle soit nommée, ils ne veulent pas faire face aux responsabilités. Ils ne veulent pas analyser la situation. Ils ne veulent pas préparer le pays à ne plus se retrouver dans une situation comme celle-là.

Il n’y a rien qui soit véritablement réglé alors que, d’un autre côté, et la chose est un peu inquiétante, c’était cette réunion de Charm el-Cheikh, où une trentaine d’états étaient présents dont Abou Mazen, le représentant de l’OLP, de la Palestine actuelle, l’Egypte puisque c’était là-bas que le sommet se faisait, mais aussi le Qatar et la Turquie et beaucoup d’autres pays, dont la France, le Canada et l’Angleterre. Mais Netanyahou n’y était pas à la suite d’un prétexte religieux.

Donc, dans le fond, rien n’a changé. Dans le combat que la société civile a mené courageusement, infatigablement pendant deux ans, pour que le retour des otages soit la priorité du gouvernement, ce combat, on l’a gagné. Même Trump et Whitkoff ont déclaré que, justement, c’est cet appui de la société civile qui a finalement décidé, pour des raisons de cœur, les États-Unis à intervenir.

Les auteurs de bande dessinée israéliens, les caricaturistes ont été très présents aux côtés des familles d’otages.

Ça a été vraiment quelque chose d’assez extraordinaire, et je pense que ça a donné beaucoup de force aux familles des otages. Ils l’ont dit, ils l’ont dit plus d’une fois et on leur a laissé partager nos dessins, en faire des affiches, en faire des autocollants, en faire des T-shirts parce que c’était notre manière en tant que noncombattants de participer à l’effort de guerre, appelons cela comme cela. L’effort de guerre pour nous ; c’était venir en aide aux familles des otages qui étaient dans une situation d’angoisse et parfois même de désespoir. Et je pense que c’est une chose qui va durer. Je pense que nous tous, dans le métier, on a compris qu’en dehors du fait qu’on fait des travaux sur commande et qu’on publie des histoires, on a aussi un rôle peut-être en tant qu’ « activistes », et on va continuer à le faire. Et ça je pense que c’est une très bonne chose, parce que nous sommes la voix du « bel Israël ».

DP
Propos recueillis le 14 octobre 2025.

Photo : DR

Voir en ligne : Le blog de Michel Kichka

🛒 Acheter


Code EAN : 9782205075670

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Un commentaire ?