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CENSURES ET LIBERTÉS DE CRÉATION EN BANDE DESSINÉE. Depuis 2021, la Cité de la bande dessinée et de l’image porte les Rencontres Internationales de la bande dessinée. Pour l’institution publique, il s’agit de créer un espace d’analyse et de débats sur des thématiques qui traversent le 9e art. Destinées en premier lieu aux professionnels du secteur de la BD, ces rencontres sont néanmoins ouvertes, gratuitement et sur réservation, à toute personne désireuse d’y assister, notamment chercheurs et étudiants. Cette année, lors de ce jeudi 6 novembre, la thématique retenue est « censures et libertés de création en bande dessinée ». Quoi de plus sujet à débat qu’une telle dialectique !
L’actualité de ces dix dernières années est plus que jamais propice aux réflexions sur les différentes formes de censure et les limites fixées à la liberté d’expression. En France, rappelons-le, la liberté d’expression est encadrée par trois limites dans l’espace public : l’insulte, la diffamation, ainsi que l’apologie et l’appel à la haine et toute forme de discrimination.
Depuis dix ans, les confrontations sur la question se sont multipliées. Que ce soit le blasphème - autorisé en France depuis 1881 - et le droit de caricature dans le sillon des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo - les dix années de l’événement ont été commémorées en janvier 2025 - ou dans un tout autre genre l’ « affaire Bastien Vivès » dont le procès s’est tenu cette année à Nanterre. ActuaBD avait alors longuement explicité les enjeux soulevés tant par la défense, menée par le célèbre avocat Richard Malka, que la défense constituée d’associations de protection de l’enfance.
Les événements #Metoo, qui ont questionné la représentation des femmes dans l’art, font également partie du sujet, de même que la cancel culture ou les adaptations d’ouvrages classiques dont certains passages sont désormais jugés inacceptables. Par exemple, Pénélope Bagieu s’était exprimée sur le sujet quant au devenir des œuvres du britannique Roald Dahl, elle qui avait adapté Sacrées sorcières en bande dessinée.
Témoignage évident de la place que prennent ces questionnements, le ministère de la Culture a nommé en mars 2025 une Haute Fonctionnaire chargée de la liberté de création. Juliette Mant s’exprimera par ailleurs en ouverture de cette journée, de 9h15 à 9h45. Une prise de parole publique qui devrait être intéressante.
« Peut-on encore, en 2025, écrire ou dessiner sans contrainte, comme on le faisait dans les années 1970 où la bande dessinée semblait s’émanciper de tous les tabous ? L’évolution des mentalités et de nos sociétés pourrait-elle constituer un frein à la liberté de création ? À l’inverse, peut-on considérer que la liberté de création s’est étendue, permettant à la bande dessinée de s’emparer de sujets longtemps restés tabous ? ». Des questions parmi d’autres soulevées par ces Rencontres Internationales de la bande dessinée.
Mais ces rencontres se veulent internationales. C’est pourquoi ces questions seront mises en perspectives par une approche mondiale (Espagne, Suède, Inde, Pologne...) avec les États-Unis en tête de pont. Un pays où de nombreux livres, dont des bandes dessinées comme Maus d’Art Spiegelman, sont bannis des bibliothèques d’une partie conséquente du pays.
La diversité des personnes invitées annonce des tables rondes et des échanges passionnants : Bernard Joubert (journaliste spécialiste de la censure et de la bande dessinée), Agnès Tricoire (avocate au barreau de Paris, spécialiste en propriété intellectuelle et déléguée de l’Observatoire de la liberté de création), Annick Kamgang (autrice de bande dessinée et illustratrice franco-camerounaise), Thibaut Soulcié (dessinateur de presse - par exemple pour Médiapart - et de bande dessinée français), Sophie Brondel (de l’association Cartooning for peace), Lisa Mandel (autrice de bande dessinée, dessinatrice de presse pour Le Nouvel Obs, éditrice-fondatrice des éditions Exemplaire), Anne Baraou (scénariste de bande dessinée française, membre de l’Oubapo et de L’Association) ou Vincent Bernière (écrivain, journaliste, commissaire d’exposition et éditeur-fondateur de la maison d’édition Revival et de la revue Charlotte Mensuel).
Les Rencontres Internationales de la bande dessinée d’Angoulême seront conclues à 18h par une intervention de Vincent Eches (Directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image). Pour celles et ceux qui auraient la chance de pouvoir s’y rendre, ne manquez cet événement sous aucun prétexte !
RG
Voir en ligne : Découvrir le programme des Rencontres Internationales de la bande dessinée
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