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En marge de la sélection officiel du Festival d’Angoulême, chaque année, l’Association des Critiques et Journalistes de bande dessinée remet son Grand Prix. Cette année, sécurité oblige, Luz faisant l’objet d’une protection rapprochée, la cérémonie n’a pas eu lieu publiquement comme à l’habitude dans les escaliers de la Cité Internationale de la BD et de l’Image mais en comité réduit.
Dans une petite salle de réunion cachée dans les hauteurs de la Cité, les invités montrent patte blanches avant d’entrer, leurs profils scannés au préalable par les Renseignements généraux. De ce fait, la cérémonie de remise du Grand Prix de la Critique de l’ACBD 2025 ne ressemble à aucune autre.
Pour cause, le lauréat de cette année, Luz et ses Deux Filles Nues subissent encore, dix ans plus tard, les menaces dûes à sa condition de dessinateur survivant de Charlie Hebdo.
Après un vibrant hommage à notre confrère Florian Rubis, membre de l’ACBD disparu juste avant le FIBD, Laurent Gianati et le bureau de l’association détaille les mérites de son album paru chez Albin Michel. Puis, comme le veut la tradition, c’est aux lauréats de l’année précédente de confectionner et de remettre le trophée à leur successeur.
Ils se sont donc mis à trois, Antonio Altarriba, Sergio García Sánchez et Lola Moral, auteur du Ciel dans la tête, pour apporter un petit écrin noir à Luz. Celui qui s’apprête à être couronné s’écrie : « Oh, un cercueil ! » Après un énorme éclat de rire partagé par toute la salle, Luz ouvre la boîte et découvre un coeur en faïence blanche. Pensé à trois, l’objet a été réalisé par Lola Moral. Dessus est écrit « O.M. », les initiales d’Otto Mueller le peintre auteur du tableau-personnage de la BD de Luz. Sur sa surface, un étrange réseau semblable à un schéma qui reprend le parcours de la toile sur les cimaises du musée.
Vient le discours du Grand Gagnant. Alors qu’on commémore les dix ans du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, c’est évidemment avec émotion et le souffle court que Luz prend la parole dans un discours qui rend hommage aux disparus, ponctué de remerciements aux personnes présentes et reconnaissance pour un art, le neuvième, qui lui laisse le temps de faire oeuvre sans subir la pression de l’ « immédiateté » du dessin de presse.
Luz, Grand Prix de la Critique de l’ACBD 2025 et Prix Wolinski / Le Point 2024 est toujours pour l’heure en lice pour obtenir le Fauve d’Or, que certains bookmakers place en tête des favoris. Bonne pioche.
KN
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